Résoudre le paradoxe de l’innovation au Canada
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Publié dans The Hill Times, supplément sur l’innovation, le 21 octobre 2024 [en anglais] – abonnement requis
Ted Hewitt, président, Conseil de recherches en sciences humaines
Le mot innovation est omniprésent dans les gros titres de même que dans les politiques, les programmes et les projets des secteurs public et privé. Mais savons-nous ce qu’il faut vraiment pour mettre en œuvre des pratiques innovantes qui améliorent les conditions de vie?
Le défi que représente la transformation de concepts créatifs en résultats tangibles a été souligné dans un rapport du Conference Board du Canada qui s’est penché sur le « paradoxe de l’innovation » : malgré une forte capacité de recherche, des talents entrepreneuriaux et des ressources, le Canada se place derrière ses pairs sur de nombreux indicateurs d’innovation et de productivité. Cette situation s’explique notamment par une diminution des dépenses en recherche et développement, de faibles niveaux de commercialisation et de protection de la propriété intellectuelle et une culture peu encline à prendre des risques.
Il est temps d’envisager différemment la manière dont nous soutenons l’innovation afin de pouvoir démanteler le paradoxe de l’innovation.
L’ingrédient manquant
Nous devons d’abord comprendre qu’une innovation réussie n’est que partiellement liée à la science et à la technologie. Si l’invention est au cœur de l’innovation, celle-ci repose sur des processus humains comme la définition des problèmes, la reconnaissance de la valeur des nouvelles technologies et des nouveaux processus et une meilleure compréhension de l’accueil réservé aux nouveaux produits par les consommatrices et consommateurs potentiels. Nous pourrons ainsi tracer des voies créatives vers le développement de produits, surmonter les obstacles à la productivité et accroître le succès commercial.
La recherche provenant des sciences humaines est l’ingrédient manquant. Pour être efficace, cependant, la recherche en sciences humaines doit être intégrée aux projets d’innovation dès le début de leur conceptualisation. Ce n’est qu’à cette condition que nous pourrons réfuter le paradoxe de l’innovation et garantir un niveau de vie plus élevé à toutes et à tous.
L’Initiative de soutien à la recherche pour une agriculture durable en est un excellent exemple. Cette initiative carboneutre réunit Agriculture et Agroalimentaire Canada, le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) et le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie afin de renforcer les capacités et de combler les lacunes de connaissances dans ce secteur. L’un des projets menés à la NSCAD University, à Halifax, met en relation les agricultrices et agriculteurs, les usines de fibres, les artisanes et artisans et les consommatrices et consommateurs afin de revitaliser la capacité du Canada atlantique à cultiver des fibres et à produire des textiles pour réduire la dépendance à l’égard des chaînes d’approvisionnement mondiales non durables. Un autre projet mené à l’University of Toronto rassemble des partenaires pour améliorer la gestion et l’expansion de systèmes urbains et périurbains durables, ce qui contribue à atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effets de serre et de production alimentaire dans le secteur agricole canadien. Un autre excellent exemple est l’élaboration de la Stratégie pancanadienne en matière d’intelligence artificielle, qui comprend des efforts ciblés pour intégrer la recherche en sciences humaines dans le développement et la mise en œuvre de l’intelligence artificielle.
Comprendre la demande sociale et la responsabilité à l’égard d’autres technologies transformationnelles, comme l’intelligence artificielle, la quantique et la génomique, aidera à commercialiser ces technologies tout en veillant à ce qu’elles profitent à la population canadienne et à d’autres personnes dans le monde.
La contribution de la recherche en sciences humaines à l’avancement de la stratégie d’innovation du Canada
La recherche en sciences humaines peut affiner la stratégie d’innovation du Canada en offrant des perspectives essentielles aux dynamiques commerciales qui façonnent l’innovation et qui modifient les marchés du travail, ce qui aide à mieux comprendre les déficits de compétences, les difficultés de recrutement, la manière d’attirer et d’intégrer les immigrantes et immigrants et les effets du vieillissement de la population.
Par exemple, plusieurs grands partenaires industriels canadiens collaborent avec Anne Snowdon, professeure à l’University of Windsor, dans le cadre d’une recherche visant à améliorer les chaînes d’approvisionnement dans le secteur des soins de santé au Canada. Le projet favorise la coordination entre les nombreuses équipes et parties prenantes de la chaîne d’approvisionnement au Canada afin de renforcer la résilience de la chaîne d’approvisionnement, d’accroître la compétitivité mondiale du Canada, de répondre aux perturbations de l’approvisionnement et de protéger la santé et la sécurité.
La recherche en sciences humaines permet aussi de mieux comprendre les tendances émergentes susceptibles de se répercuter sur la capacité d’innovation du Canada. Dans le cadre du Carrefour des idées, le CRSH collabore avec des partenaires afin de mieux comprendre les défis à venir et d’élaborer des réponses efficace. Par exemple, l’une des projets porte sur l’économie circulaire. En se concentrant sur l’extraction d’une valeur maximale des ressources, les conclusions de ce projet aident à prendre des décisions qui améliorent la productivité et réduisent les émissions de carbone. Cela n’est possible qu’en examinant le rôle du comportement humain et du comportement social dans ces systèmes complexes.
L’application des résultats de la recherche en sciences humaines aux politiques et aux pratiques d’innovation peut s’avérer très bénéfique. Mais pour passer de l’intuition à l’innovation, il faut s’efforcer de renforcer les partenariats entre les universités et les entreprises, afin que la théorie puisse déboucher sur des gains tangibles. Dans cette optique, le CRSH étudie de nouvelles façons de renforcer les liens avec la communauté des affaires afin de mieux comprendre leurs besoins en matière de connaissances et d’expertise et d’éclairer les approches visant à faciliter l’impact de la recherche dans tous les secteurs.
Mobiliser les idées novatrices
La recherche en sciences humaines est l’ingrédient clé qui peut mener à une innovation plus transformatrice. Nous devons intégrer les sciences humaines dans les initiatives d’innovation et renforcer et accélérer les partenariats entre les universités et les entreprises.
Nous devons également tirer parti des talents en sciences humaines et investir dans ceux-ci. Le CRSH s’emploie à former une cohorte de chercheuses et chercheurs dotés des compétences, des données et des connaissances nécessaires pour éclairer la politique d’innovation et la politique industrielle du Canada dans un environnement mondial en évolution rapide qui se veut de plus en plus concurrentiel.
Grâce à la recherche en sciences humaines, nous pouvons résoudre le paradoxe de l’innovation en favorisant la pensée systémique, en soutenant l’innovation intelligente et responsable, en relevant les défis mondiaux, en créant un impact et en affinant la politique d’innovation, au profit de la population canadienne et d’autres populations mondiales.
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