Prix Impacts — Prix Talent 2025 : Joshua Steckley
Joshua Steckley
Titulaire d’une bourse postdoctorale Banting,
Carleton University
Jeunes chercheuses et chercheurs, Joshua Steckley a un conseil pour vous : « Regardez autour de vous et faites preuve de curiosité pour ce qui vous entoure au quotidien. »
Ce conseil, il l’a suivi lors de ses études de doctorat, durant lesquelles il s’est penché sur une réalité nocturne qu’il avait observée à l’adolescence : le ramassage de vers sur les terres agricoles autour de New Hamburg, en Ontario, son fief natal. Jusqu’à ce qu’il fasse une étude empirique sur le sujet, on ne savait que peu de choses sur la valeur économique du secteur du ramassage de vers et sur ses dynamiques de travail.
« C’est une activité peu visible, à l’image des vers », fait-il remarquer.
Ses recherches inédites sur la marchandisation du lombric commun valent à ce titulaire d’une bourse postdoctorale Banting à la Carleton University le prix Impacts 2025 du CRSH dans la catégorie Talent.
Chaque année, sur les terres agricoles de l’Ontario, ce sont 700 millions de vers qui sont ramassés à la main une fois la nuit tombée, période où ils sont le plus actifs. Le sud-ouest de la province est d’ailleurs la « capitale mondiale du ver de terre », le sol riche en fumier de ses fermes laitières étant particulièrement propice à la prolifération de l’espèce.
« Ma recherche permet au public de connaître une réalité qui nous entoure, souligne M. Steckley. Dans toutes les stations-service, il y a ces grandes affiches qui disent “vers à vendre”, mais on ne sait pas vraiment d’où ils viennent ni comment ils arrivent là. »
Le lombric commun du Canada est considéré comme un appât de choix par les pêcheurs à la ligne partout dans le monde. De ce fait, il s’agit vraisemblablement de l’activité de récolte commerciale la plus rentable dans la région. Selon M. Steckley, elle génère un profit pouvant atteindre 1 200 dollars par acre, contre environ 250 dollars par acre pour le maïs.
Il a publié le résultat de ses recherches dans un ouvrage intitulé The Nightcrawlers: A Story of Worms, Cows, and Cash in the Underground Bait Industry (en anglais), dans lequel il met en lumière les retombées économiques, les relations de travail et la dynamique écologique qui caractérisent le secteur du ramassage de vers.
Au fil de ses travaux, M. Steckley a observé des choses étonnantes, notamment le fait que la main-d’œuvre (souvent des personnes immigrantes ou migrantes) dispose d’un certain pouvoir, car les grossistes ont de la difficulté à recruter des effectifs pour faire cette tâche nocturne et ardue.
« Les grossistes doivent déployer beaucoup d’efforts pour attirer les travailleuses et travailleurs, par exemple en leur offrant le transport gratuit jusqu’à la ferme ou en leur avançant de l’argent en cas de besoin. »
Autre constat étonnant : des fermières et fermiers intègrent le ramassage de vers à la rotation des cultures, ce qui est bénéfique autant pour les terres que pour le portefeuille.
« Un fermier m’a dit qu’il avait loué sa terre pour le ramassage de vers durant toute une année. Il a donc pu la laisser en jachère tout en engrangeant un revenu appréciable. »
La réputation de M. Steckley en tant qu’expert des vers dépasse même les frontières du pays. Ainsi, il a été consulté par des spécialistes de l’étude des sols aux Pays-Bas pour un projet d’implantation du lombric commun dans les pâturages néerlandais, de même que par une équipe de recherche de l’University of Michigan qui souhaitait comprendre et atténuer la prolifération des vers de terre exotiques causée par les humains. Hors du milieu universitaire, la communauté agricole et le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et de l’Agroentreprise de l’Ontario ont fait appel à lui pour obtenir des données sur les taux de location de fermes et la durabilité du secteur du ramassage de vers.
« Les fermières et fermiers ont désormais une meilleure compréhension de ce qui se passe avec les vers de terre dans leurs champs, tandis que les fonctionnaires ont une idée plus précise de la taille du secteur et de sa valeur. »
M. Steckley s’intéresse maintenant à un autre sujet, soit le rôle de plus en plus important que joue la semence de taureau dans la gestion des activités agricoles. En effet, sur les fermes laitières, l’information génétique sert à modeler les cheptels par la sélection de certaines caractéristiques, par exemple pour la production d’un lait riche en protéines ou facilement digérable par les personnes intolérantes aux produits laitiers. Elle permet aussi la sélection de vaches qui généreront moins de méthane de façon à réduire les émissions de carbone d’une ferme.
« Le fil conducteur de mes recherches, c’est le contrôle exercé par le capitalisme sur la nature, ainsi que le contrôle de la main-d’œuvre qui en découle, explique-t-il. Nous devons absolument comprendre cette relation pour espérer un avenir durable. »
Au sujet des prix Impacts
Les prix Impacts du CRSH soulignent les meilleures réalisations de chercheuses, de chercheurs, d’étudiantes et d’étudiants remarquables menées dans le cadre d’activités de recherche, de formation en recherche, de mobilisation des connaissances et de rayonnement financées par le CRSH.
Le prix Talent souligne les réalisations exceptionnelles en recherche et les perspectives de carrière d’une étudiante ou d’un étudiant ayant reçu une bourse de doctorat ou une bourse postdoctorale du CRSH.