Les étudiantes et étudiants de l’étranger au Canada, entre logement et enseignement supérieur : une revue exploratoire
Le projet
La pénurie de logements est un enjeu urgent en politique canadienne. Les étudiantes et étudiants de l’étranger ont été accusés d’être l’une des principales causes de cette crise, ce qui a conduit le gouvernement fédéral à plafonner les inscriptions dans cette catégorie en 2024. Cette façon de présenter le problème mérite d’être regardée de plus près, considérant que les étudiantes et étudiants de l’étranger ont injecté, au cours de la dernière décennie, plus de 37,7 milliards de dollars dans l’économie canadienne. Dans un contexte de restrictions budgétaires, ces personnes ont représenté une des rares sources de revenus fiables pour les établissements d’enseignement supérieur canadiens. C’est dans cette optique que nous avons mené une revue exploratoire des recherches existantes se situant au carrefour de trois thèmes : les étudiantes et étudiants de l’étranger, l’enseignement supérieur et le logement. Pour cet exercice, nous avons pris en compte les articles évalués par des pairs publiés entre 2014 et 2024, tout en suivant les lignes directrices PRISMA 2020 et en nous appuyant sur les lignes directrices du Joanna Briggs Institute sur les revues exploratoires.
Le 10 juin 2025, nous avons effectué des recherches dans trois bases de données – Web of Science (Clarivate), Scopus (Elsevier) et ERIC (Ebsco) – à l’aide de stratégies prédéfinies. Nos critères d’inclusion et d’exclusion ont été définis à l’aide du cadre « Population, Concept, Contexte » :
- Population : étudiantes et étudiants de l’étranger, étudiantes et étudiants participant à un programme d’échanges, étudiantes et étudiants d’outre-mer
- Concept : politique d’immigration, politique des établissements d’enseignement postsecondaire sur les étudiantes et étudiants de l’étranger, politique du logement, crise du logement
- Contexte : établissements d’enseignement supérieur, écoles de formation professionnelle et écoles d’enseignement supérieur du Canada
Dans notre recherche, nous avons inclus les articles évalués par des pairs publiés en anglais, et avons exclu les billets de blogue, les articles de magazines, les livres et les chapitres de livres. Sur les 518 études recensées, 7 répondaient aux critères d’inclusion et ont été intégrées à la synthèse des connaissances.
Principales conclusions
Parties potentiellement intéressées
- Dans les sept articles examinés, nous avons relevé six parties intéressées : le gouvernement fédéral, les gouvernements provinciaux, les administrations municipales, les établissements d’enseignement supérieur, les étudiantes et étudiants de l’étranger et les propriétaires de logement.
- Ce sont les gouvernements provinciaux qui ont les compétences les plus étendues : lois sur la location résidentielle, financement des établissements d’enseignement supérieur, lois sur le zonage, réglementation sur l’immigration et les étudiantes et étudiants du postsecondaire.
Concepts et pratiques actuels en matière de gouvernance
- Aucune partie intéressée ne dispose d’une politique claire en matière de logement des étudiantes et étudiants de l’étranger, ce qui entraîne une fragmentation des responsabilités et des lacunes dans les politiques à tous les niveaux (gouvernements fédéral et provinciaux, administrations municipales, établissements, étudiantes et étudiants).
- Les études du gouvernement fédéral sur le logement des personnes nouvellement arrivées ne prennent pas en compte les étudiantes et étudiants. On les considère plutôt comme des personnes migrantes temporaires, ce qui occulte leur rôle dans la crise du logement.
- À l’échelon provincial, le fédéralisme asymétrique entraîne une mise en œuvre inégale des politiques fédérales en matière d’immigration et d’éducation. Parallèlement, le logement étudiant reste largement absent des cadres de politiques et n’est que peu protégé par les règles régissant la location résidentielle.
- Les établissements d’enseignement supérieur canadiens ne considèrent pas qu’il relève de leur mandat de fournir un logement à la population étudiante. Les logements offerts actuellement ne peuvent accueillir que 3 % de toute la population étudiante, ce qui contraste fortement avec les 20 % à 30 % offerts au Royaume-Uni et aux États-Unis.
- Les étudiantes et étudiants de l’étranger recourent à leurs réseaux personnels et optent pour des ententes de location privée qui ne sont pas couvertes par les lois provinciales sur la location, ce qui accroît la pression sur les enclaves ethniques et expose ces étudiantes et étudiants à l’exploitation et aux abus.
Expériences des étudiantes et étudiants de l’étranger en matière de logement
- Le fait d’être une étudiante ou un étudiant de l’étranger pose quatre défis majeurs en matière d’accès au logement : l’absence d’antécédents de crédit et de références locales, un capital culturel et des connaissances sur le logement qui sont limités, le recours à des logements temporaires et coûteux, et une vulnérabilité importante due aux lacunes dans la protection des locataires.
- La discrimination envers les étudiantes et étudiants de l’étranger se mêle aux questions de genre et d’ethnicité, les propriétaires écartant souvent des personnes cherchant un logement en raison de leur apparence étrangère ou de leur nom peu familier.
- Le problème de l’abordabilité est déterminé par quatre facteurs : la hausse du coût de la vie; les exigences relatives aux certificats de placement garanti; l’inadmissibilité aux prêts étudiants, aux bourses et à l’aide gouvernementale; et les limites d’heures de travail hebdomadaires.
- L’information en matière de logement fournie par les établissements d’enseignement supérieur et les autorités est fragmentée, et souvent inexacte, obsolète ou mal communiquée, ce qui entraîne des difficultés pour les étudiantes et étudiants de l’étranger.
- Parmi les autres difficultés rencontrées, mentionnons l’offre limitée de logements, l’éloignement des logements, les conditions de logement inadéquates, la colocation et les logements surpeuplés.
Conséquences relatives aux politiques
Notre revue exploratoire démontre que la précarité du logement des étudiantes et étudiants de l’étranger au Canada n’est pas seulement attribuable à un défaut du marché, mais qu’elle est structurellement générée par la fragmentation de la gouvernance entre les systèmes qui régissent l’immigration, l’enseignement supérieur et le logement. Les conséquences découlent directement de ce constat.
- Harmonisation de la gouvernance : Mettre en place des mécanismes de gouvernance coordonnés entre les différents échelons (fédéral, provincial, municipal, enseignement supérieur) afin d’harmoniser la politique d’immigration, les décisions d’admission et les responsabilités en matière de logement.
- Admissions en fonction des capacités : Établir les admissions d’étudiantes et étudiants de l’étranger en fonction des capacités avérées en matière de logement et de services de soutien, plutôt que de présumer que le marché privé comblera la demande.
- Responsabilités claires : Clarifier les responsabilités des gouvernements et des établissements d’enseignement supérieur afin que la précarité en matière de logement soit traitée comme un défaut de gouvernance systémique plutôt que comme un risque individuel pour les étudiantes et étudiants.
- Lacunes en matière de protection des locataires : Étendre les protections provinciales en matière de location pour couvrir les ententes informelles, de colocation et de sous-location, un segment où les étudiantes et étudiants de l’étranger sont surreprésentés.
- Planification institutionnelle du logement : Intégrer la planification du logement dans les pratiques de recrutement, les stratégies d’internationalisation et les cadres de planification et de gestion des risques des établissements d’enseignement supérieur.
- Réforme fondée sur des données probantes : Prioriser la collecte de données longitudinales, comparatives et intersectionnelles afin de soutenir une réforme coordonnée dans les domaines de l’immigration, du logement et de l’enseignement supérieur.
Coordonnées
Hassan Bashir, professeur adjoint, Faculté des affaires publiques et mondiales, Carleton University : hassanbashir3@cunet.carleton.ca
Kashif Raza, boursier postdoctoral du CRSH, Faculté des sciences de l’éducation, University of British Columbia : kraza24@mail.ubc.ca
Renseignements supplémentaires
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