Des « vêtements intelligents » : intégrer l’IA aux fibres textiles pour aider les personnes à mobilité réduite


Sous la supervision d’une chercheuse canadienne, un groupe de spécialistes en génie, en fabrication de textiles et en design de mode travaille à la création de vêtements uniques qui pourraient aider des milliards de personnes à mobilité réduite partout dans le monde.

Piloté par la chercheuse principale désignée Vivian Mushahwar, le projet Co-designing a Smartwear Revolution a récemment reçu une subvention de 24 millions de dollars sur six ans dans le cadre du volet Transformation 2024 du fonds Nouvelles frontières en recherche.

« L’invention au cœur de ce projet, c’est l’intégration de fibres capables d’adapter la forme et la rigidité des vêtements pour soutenir et faciliter le mouvement », explique la professeure à la division de médecine physique et réadaptation de l’University of Alberta.

« L’intelligence artificielle sera tissée dans le vêtement pour qu’il puisse s’adapter à la personne qui le porte. Les fibres pourront détecter ce que la personne souhaite faire, effectuer le mouvement et apprendre au fil du temps », poursuit-elle.

Vivian Mushahwar dirige une équipe interdisciplinaire composée de 64 chercheuses, chercheurs, collaboratrices et collaborateurs du Canada, des États-Unis et de l’Europe. On y trouve des artistes ainsi que des personnes ayant une expérience concrète ou militant pour la justice sociale, qui apportent une perspective intéressante sur la manière de créer des vêtements adaptés à tous les corps, à un prix abordable.

Une réponse à un besoin réel

Selon Vivian Mushahwar, les personnes à mobilité réduite rapportent que leur plus grande difficulté par rapport à leur condition est l’isolement social et le fait de ne pas pouvoir accomplir leurs activités habituelles – travail, études, loisirs.

L’idée qui sous-tend la création de vêtements intelligents est « d’aider les gens à demeurer des membres à part entière de leur collectivité le plus longtemps possible et à continuer de travailler si c’est leur souhait », indique la chercheuse.

À mesure que la population canadienne vieillit, il est de plus en plus important de trouver de nouvelles façons d’aider les gens à demeurer autonomes. Les adultes de 65 ans et plus représenteront le quart de la population canadienne d’ici 2050. Déjà, l’accès inégal aux technologies d’assistance fait que certaines personnes ne reçoivent pas le soutien dont elles ont besoin en matière de réadaptation, particulièrement dans les régions rurales ou éloignées.

Vivian Mushahwar explique que les vêtements intelligents peuvent également être portés de façon préventive par les personnes plus susceptibles de se blesser au travail, comme le personnel infirmier, qui risque de se blesser au dos en soulevant des patientes et des patients. La chercheuse a également été approchée par des responsables de programmes sportifs, des secouristes et des gens de métier qui s’intéressent à ces nouveaux vêtements.

Un potentiel révolutionnaire

L’une des collaboratrices principales du projet est Chloë Angus, une designer de mode établie à Vancouver qui a subi une blessure à la moelle épinière en 2015.

« Les meilleurs médecins m’ont examinée et dit que je ne marcherais plus jamais. Peu importe à quel moment ou dans quelles circonstances un tel événement survient dans une vie, c’est un grand choc », raconte-t-elle.

Après sa blessure, Chloë Angus a choisi de consacrer son énergie à se familiariser avec les appareils et accessoires fonctionnels. Elle a par la suite coconçu un exosquelette primé qui lui permet de se tenir debout, de marcher et même de danser.

Elle était ravie de se joindre à l’équipe et de contribuer au projet, tant en ce qui a trait au design qu’aux aspects techniques. Les vêtements intelligents ne remplaceront pas son exosquelette, mais pourront lui apporter un soutien essentiel et contribuer à prévenir des blessures secondaires liées à l’utilisation de son fauteuil roulant.

« Lorsqu’on se déplace en fauteuil roulant, il faut utiliser ses épaules constamment, ce qui les use très rapidement. De nombreuses personnes finissent par subir une reconstruction chirurgicale d’une ou des deux épaules, ce qui exige une longue convalescence. Les vêtements intelligents pourraient offrir un meilleur soutien et donner un peu plus de force pour pousser les roues », poursuit Mme Angus.

Même si l’aspect fonctionnel est prioritaire, la créatrice de mode aime imaginer des innovations comme des fils qui changent de couleurs. Elle est particulièrement enthousiaste à l’idée de concevoir des morceaux polyvalents comme des t-shirts ou des vestes – des vêtements de tous les jours qui peuvent apporter un soutien considérable aux gens qui les portent.

« Ce sont des vêtements intelligents que tout le monde pourra porter et aimer, particulièrement s’ils changent de couleur. »

Une grande fierté

L’équipe du projet a déjà prouvé qu’elle peut créer des fibres capables de changer de forme et d’ajuster leur niveau de rigidité. De là, le projet se déclinera en trois phases : soutien de la posture et des articulations blessées; amplification du mouvement des bras; amélioration de la position debout et de la marche. L’équipe collaborera avec des partenaires de l’industrie pour fabriquer les vêtements intelligents et les faire approuver pour la vente au Canada d’ici la fin de la période de financement.

« Nous avons du pain sur la planche, mais la technologie existe, et le moment est venu d’aller de l’avant – les gens en ont besoin, explique Chloë Angus. C’est une grande fierté pour nous de voir le Canada à la tête de la révolution du vêtement intelligent. »

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