Prix Impact—
Lauréat de la Médaille d’or 2023 : David Dyzenhaus
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Professeur à l’University of Toronto, David Dyzenhaus a commencé ses études de droit et de théorie politique à l’apogée du régime d’apartheid en Afrique du Sud, son pays natal : une époque où les enjeux n’auraient pu être plus grands.
À l’University of the Witwatersrand, à Johannesburg, M. Dyzenhaus a été captivé par la manière dont le droit, même lorsqu’il est utilisé comme instrument d’oppression, ouvre un espace pour la résistance et la contestation. À l’époque, en Afrique du Sud, le gouvernement avait une emprise totale sur le droit. Il n’y avait pas de constitution écrite avec une charte des droits bien établie. En outre, le gouvernement disposait d’une large majorité au parlement et nommait les juges. Par conséquent, le gouvernement ne rencontrait que peu de résistance pour faire passer des lois de ségrégation raciale de plus en plus draconiennes. Pourtant, les avocates et avocats pouvaient trouver des ressources juridiques pour présenter des arguments à un tribunal qui contestait l’application des lois sur la ségrégation et la sécurité nationale – gain de cause était parfois obtenu.
« La façon dont les avocates et avocats peuvent manier la loi, tout comme le fait que la loi leur donne les moyens de le faire, me fascine depuis que j’ai pris conscience de ce phénomène, explique M. Dyzenhaus. Je suis très intrigué par l’idée qu’il existe des ressources internes au droit, qui rendent possible la résistance à l’oppression et à la discrimination, même lorsque le gouvernement est déterminé à utiliser le droit comme instrument d’oppression et de discrimination. »
Cette prise de conscience a été l’une des premières étapes du parcours de M. Dyzenhaus, qui est en passe de devenir un philosophe du droit et un auteur de premier ordre à l’échelle mondiale. Il s’agit d’un parcours auquel le CRSH participe depuis longtemps, puisqu’il a d’abord financé la recherche postdoctorale entreprise par David Dyzenhaus à la Queen’s University, où il a obtenu son premier emploi – un contrat de deux ans – après avoir obtenu son doctorat à l’Oxford University en 1988, puis s’être installé au Canada. « Sans le CRSH, je n’aurais peut-être jamais obtenu un poste permanent au Canada », souligne le chercheur.
En tant que professeur de droit et de philosophie à l’University of Toronto, M. Dyzenhaus aide à faire comprendre l’État de droit comme un engagement en faveur d’un ordre juridique qui impose une discipline morale à l’État. Il utilise sa voix pour articuler et défendre l’État de droit face aux menaces, notamment dans les années qui ont suivi les événements du 11 septembre 2001. C’est à cette époque qu’il a commencé à s’intéresser de près au droit dans les situations d’urgence réelles et présumées, alors que les pays élaboraient des réponses au terrorisme international; il s’est demandé si ces réponses pouvaient être conformes à l’État de droit et à l’engagement envers des valeurs constitutionnelles.
Au cours de sa carrière, M. Dyzenhaus a encadré des juristes du monde entier et a influencé un large éventail de publics par le biais de conférences et d’ateliers axés sur le pourquoi et le comment de l’importance du droit. Outre le Canada, il a enseigné en Afrique du Sud, en Angleterre, à Singapour, en Nouvelle-Zélande, en Hongrie, au Mexique et aux États-Unis. Il est fier de voir les étudiantes et étudiants qu’il a encadrés exercer leur propre impact sur le monde.
Ses travaux ont également eu de profondes répercussions sur le droit et la politique en dehors du monde universitaire, influençant les tribunaux au Canada et à l’étranger ainsi que la Commission sud-africaine pour la vérité et la réconciliation. Plus récemment, une jeune génération d’avocates et avocats autochtones du Canada a commencé à s’appuyer sur ses contributions – voyant la valeur de ses idées pour réaliser des progrès dans le cadre de l’argumentation juridique – dans la lutte pour réconcilier le statut juridique et politique des Premières Nations et le caractère brutal de la souveraineté.
Par exemple, Joshua Nichols, de la Faculté de droit de l’Université McGill, a cité le concept de « trou gris » dans l’ordre constitutionnel – concept développé par M. Dyzenhaus – quand il a présenté la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones au gouvernement des Territoires du Nord-Ouest en 2021. « Trou gris » est le terme qu’utilise M. Dyzenhaus pour désigner un espace juridique dans lequel il existe certaines contraintes juridiques sur l’action exécutive. Il ne s’agit pas d’un vide juridique, toutefois ces contraintes sont tellement insignifiantes qu’elles permettent au gouvernement de faire ce qu’il veut. Selon M. Dyzenhaus, cette situation peut être plus dangereuse qu’un véritable trou noir.
David Dyzenhaus rédige présentement un compte rendu global de la politique de l’espace juridique en se basant sur trois nouvelles études de cas : le régime juridique chinois; le régime juridique qui unit l’ordre juridique israélien et l’ordre juridique des territoires occupés, mais les distingue également; et le régime juridique américain de l’Antebellum, tel qu’il est illustré dans le cas des esclaves fugitifs.
« Je me concentre tout particulièrement sur les dilemmes qui se posent aux avocates et avocats spécialistes des droits de la personne alors qu’elles et ils tentent de remporter des victoires pour leur clientèle dans des conditions très stressantes », précise-t-il.
Près de 40 ans après avoir élu domicile au Canada, remporter la Médaille d’or des prix Impacts du CRSH est un immense honneur pour M. Dyzenhaus. « Cette médaille est un signe de reconnaissance de mon pays d’adoption », conclut-il.
Au sujet des prix Impacts
Décernés chaque année, les prix Impacts visent à souligner les meilleures réalisations ayant émané d’activités de recherche et de mobilisation des connaissances que le CRSH a financées, ainsi que les meilleures réalisations ayant découlé de l’attribution d’une bourse du CRSH.
La Médaille d’or représente la plus haute distinction que le CRSH puisse décerner. Cette médaille est remise à une personne dont le leadership, le dévouement et l’originalité de la pensée inspirent aussi bien les étudiantes et les étudiants que ses collègues.
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