Innovations technologiques éthiques : relier l’enseignement et les pratiques professionnelles
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Le projet
Si l’on se soucie de plus en plus des répercussions des innovations technologiques et du rôle que jouent les ingénieures et ingénieurs, on ne comprend pas vraiment les mesures prises à cet égard. Cette réalité peut partiellement s’expliquer, du moins en Amérique du Nord, par le peu d’intérêt des départements de génie à mener, et encore moins à documenter, des interventions visant à enseigner les considérations d’ordre éthique. D’ailleurs, en génie, ces considérations sont perçues comme étant accessoires ou hors mandat. Cette méconnaissance pose d’importants défis pour toute la profession, en particulier pour les professeures et professeurs qui tentent de bien enseigner et évaluer l’éthique. Pour mieux comprendre la place qu’occupe l’enseignement de l’éthique en génie et les façons de l’y intégrer, un groupe interdisciplinaire d’universitaires a été formé et s’est vu confier le mandat suivant :
- examiner les écrits des dix dernières années pour répertorier les récentes connaissances et les lacunes des approches efficaces d’intégration des considérations éthiques dans le secteur des technologies;
- mener des entrevues semi-structurées avec des chefs de file et des spécialistes de premier plan du secteur sur la nécessité d’une formation en éthique dans le domaine du génie;
- diffuser les constatations qui en émanent auprès de différents auditoires, notamment le milieu universitaire, le secteur des technologies, les organismes professionnels et le grand public.
Les principales constatations
Aperçu de l’examen des écrits
- L’examen, qui a porté sur 337 sources, a révélé que des interventions directes ont été menées dans plus de 40 pays et qu’au moins 16 articles ont décrit des interventions intégrant une collaboration multinationale.
- Alors que le nombre de publications sur le sujet était plus faible pour les huit premières années étudiées, une augmentation notable a été observée dans les deux dernières années, avec près de 60 p. 100 plus de publications en 2020 qu’en 2018.
- La plupart des publications portaient exclusivement sur des interventions en milieu universitaire (87 p. 100). De ces dernières, 85 p. 100 visaient le corps étudiant, dont 82 p. 100 au premier cycle.
Analyse combinée – écrits et entrevues avec des spécialistes
- Le projet a permis d’analyser les écrits publiés ainsi que les données résultant de dix entrevues avec des spécialistes (qui représentaient aussi bien des points de vue canadiens qu’étrangers).
- Les principaux obstaclesempêchant l’adoption de formations sur l’éthique en technologie ont été cernés, englobant tant les contextes « intangibles » de l’identitéen génie et de la terminologieutilisée pour aborder l’éthique dans ce domaine que les aspects plus « concrets » que sont les établissementsd’enseignement du génie et leur infrastructure.
- Cela a été suivi de la détermination d’un ensemble de domaines prioritairespouvant être mis à profit pour favoriser l’adhésion et l’harmonisationchez les diverses parties prenantes du milieu du génie.
Identité et terminologie
- Une définition restrictive du terme « génie » est l’un des principaux obstacles freinant l’adhésion à des formations en éthique dans le domaine.
- Un manque d’uniformité dans la terminologie et les définitions relatives au rôle de la réflexion éthique en génie empêche d’arriver à un véritable consensus sur la façon dont ces idées s’harmonisent avec les activités et les valeurs fondamentales du domaine.
Établissements et infrastructure
- Les organismes d’accréditation, les organismes professionnels et le secteur des technologies peuvent exercer une grande influence sur les façons d’intégrer l’enseignement de l’éthique dans les programmes de génie et d’en faire une priorité.
- Les pressions que subissent actuellement les établissements quant au financement (de la recherche et des programmes), aux exigences d’avancement du corps professoral et aux attentes en matière d’échéancier entravent et freinent souvent les efforts visant à mettre en place de solides initiatives de formation en éthique dans les programmes de génie.
Priorités pour favoriser l’adhésion et l’harmonisation
- Le domaine du génie devrait prendre en compte le fait que les travaux en technologie profitent – et bien souvent ont besoin – de l’apport et de l’expertise d’un éventail de disciplines.
- Pour susciter d’importants changements durables et concrets dans le domaine du génie qui soient axés sur les valeurs associées à la réflexion éthique et à l’innovation responsable, il faut avoir recours à plusieurs initiatives menées simultanément dans le milieu universitaire, le secteur des technologies et même le secteur public.
- La recherche sur la formation en éthique dans le domaine du génie doit déboucher sur de meilleures méthodes d’évaluation de l’efficacité des interventions pédagogiques, qu’elles soient établies ou nouvelles.
Ce que cela suppose pour les politiques
- Les organismes d’agrément, les organismes professionnels du domaine du génie, les intervenants du secteur et les établissements d’enseignement devraient établir ensemble de nouvelles normes et lignes directrices qui mettent de l’avant les dimensions éthiques et les répercussions sociétales et environnementales des technologies; la législation qui en résulterait cadrerait avec des initiatives intersectorielles de portée générale visant à promouvoir une manière cohérente d’aborder des pratiques d’innovation responsables.
- Le milieu universitaire et le gouvernement devraient offrir plus d’occasions de financement favorisant précisément la création de formations interdisciplinaires en éthique; ces types de financement devraient viser tant les recherches universitaires que des initiatives plus vastes de la part du secteur ou de collectivités, afin de favoriser des collaborations qui pourraient réduire le fossé actuel entre la recherche et la pratique.
- Les établissements d’enseignement devraient accorder la priorité à la création d’occasions de recherche et d’enseignement permettant au corps professoral de participer à des projets sur l’éthique en technologie en bénéficiant de la même reconnaissance que celle qui leur est accordée pour les aspects techniques du domaine; ces initiatives devraient appuyer l’élaboration de critères exhaustifs pour l’enseignement et la formation en éthique dans les programmes de génie et pour l’évaluation de l’acquisition des compétences en éthique requises par les étudiantes et étudiants.
Complément d’information
Rapport intégral (en anglais)
Coordonnées des chercheurs
Heather A. Love, professeure adjointe, Département de langue et littérature anglaises, University of Waterloo heather.love@uwaterloo.ca
Jason Lajoie,Ph. D., University of Waterloo j2lajoie@uwaterloo.ca
Jennifer Boger, professeure adjointe, Département du génie de la conception de systèmes, University of Waterloo jboger@uwaterloo.ca
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