Transformation numérique du travail : facteurs ayant trait au genre, répercussions sur les femmes racisées et possibilités de recyclage et d’entrepreneuriat
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Le projet
La propagation de la COVID-19 s’est accompagnée d’une accélération fulgurante de la transformation numérique du monde du travail au Canada. L’adaptation au travail à distance, la numérisation de la livraison des produits et de la prestation des services et l’automatisation des flux de travail ont eu des effets plus marqués sur certains groupes. Les femmes, notamment les femmes immigrantes racisées, ont été et continueront probablement d’être touchées de manière disproportionnée par ces changements structurels.
Bien que les partis pris sexistes dans la numérisation du travail aient fait l’objet d’études antérieures, il est rare que l’on discute des façons de surmonter les effets conjugués du genre, du statut d’immigrante et de la race dans le cadre de ces transformations. L’équipe de recherche interdisciplinaire, qui réunissait des spécialistes des sciences politiques, de l’économie et de la sociologie, a élaboré cette synthèse des connaissances pour aider les responsables des politiques (municipales, provinciales et fédérales), les universitaires d’une pluralité de disciplines et les parties prenantes (associations industrielles, groupes de travailleuses et travailleurs, etc.) à :
- déterminer où et comment les femmes immigrantes racisées du Canada ont subi les répercussions des transformations numériques du travail de façon plus marquée, en particulier des transformations qui ont été précipitées par les confinements reliés à la pandémie et par le ralentissement de l’activité économique qui s’en est suivi;
- faire la synthèse des connaissances du Canada et d’autres économies avancées sur les approches de recyclage efficaces qui donnent aux travailleuses immigrantes racisées des outils pour tirer parti des transformations numériques de l’économie et du monde du travail.
Les principales constatations
- On peut répartir les répercussions de la numérisation du travail en trois grandes catégories : 1) création d’emplois, 2) transformation des emplois et 3) déplacement des emplois. On devrait assister à la création d’emplois spécialisés non routiniers et à la perte d’emplois non spécialisés routiniers. La plupart des emplois verront à tout le moins leur structure de tâches changer, ce qui obligera les travailleuses et travailleurs à acquérir de nouvelles compétences pour conserver leur emploi. Plusieurs entreprises instaurent des programmes de formation internes, mais il est difficile de déterminer le rendement de leur investissement.
- Les secteurs qui accusent du retard dans l’innovation technologique auront de plus grands défis à surmonter pour attirer des personnes de talent ayant une expertise technologique solide et pour perfectionner les compétences de leur effectif afin qu’il puisse effectuer les nouvelles tâches qui s’imposeront pour suivre le rythme des entreprises les plus novatrices. Les petites entreprises de chaque secteur pourraient ne pas avoir des moyens financiers à la hauteur de l’infrastructure numérique et du talent nécessaires, tandis que les grandes entreprises pourraient voir leur compétitivité péricliter en raison de leur inertie dans un marché en évolution.
- La transformation numérique ouvre des portes en entrepreneuriat et en économie à la demande qui sont susceptibles de déboucher sur des façons de briser le « plafond de verre » pour les groupes marginalisés; toutefois, ces possibilités s’accompagnent de nouvelles difficultés engendrées par l’augmentation de la précarité du travail et le brouillage des frontières entre vie professionnelle et vie personnelle.
- La transformation numérique du travail a des effets positifs pour les femmes : meilleur accès à l’emploi, souplesse dans le cheminement de carrière et possibilité de travailler de la maison. Certains rapports prévoient que les emplois occupés majoritairement par des femmes, souvent de nature psychosociale, seront moins touchés par la numérisation à court terme. Toutefois, ces emplois sont souvent moins bien rémunérés, et les femmes continuent de se heurter à des obstacles pour décrocher des postes mieux rémunérés, notamment en STIM.
- Il manque d’analyses, dans les écrits existants, sur les effets conjugués du genre, du statut d’immigrante et de la race dans la transformation numérique. Les femmes racisées et immigrantes ont un salaire moins élevé en moyenne que les hommes racisés et immigrants ou que les femmes non racisées et (ou) nées au Canada. Non seulement se trouvent-elles dès le départ dans une position économique moins enviable, mais elles sont également plus susceptibles de subir les effets de la numérisation en raison de leur secteur d’emploi, de la discrimination sur le marché du travail et de l’absence du filet de sécurité financière essentiel au recyclage ou à l’acquisition de nouvelles compétences.
- Les programmes de formation des adultes au Canada sont sous-financés, ne sont pas coordonnés entre les provinces, ne sont pas assez connus du public cible (les personnes en région rurale et éloignée par exemple) et ne soutiennent pas suffisamment l’apprentissage toute la vie durant.
Ce que cela suppose pour les politiques
- Les programmes de formation des adultes au Canada visent à ce que les étudiantes et étudiants intègrent le marché du travail rapidement plutôt qu’à leur enseigner à mener une carrière à long terme et à composer avec un marché en transformation, ce qui passe notamment par la nécessaire évolution de leurs compétences numériques. Aux États-Unis, un programme, le modèle Career Pathways, associe une formation sectorielle en entreprise à des modules de formation postsecondaire et aide les personnes qui y participent non seulement à obtenir un emploi, mais également à propulser leur carrière pour atteindre des postes plus spécialisés et plus lucratifs. Il faudrait créer un équivalent au Canada pour éviter que les groupes marginalisés se heurtent à un plafond de verre.
- Afin de donner aux femmes racisées et immigrantes le soutien nécessaire pour réussir dans un marché du travail en pleine numérisation, il est essentiel de mettre l’accent non seulement sur la formation axée sur l’acquisition de compétences et sur les politiques connexes, mais aussi sur la compréhension exhaustive et globale des difficultés qui empêchent les groupes vulnérables de tirer parti de la transformation numérique du travail. Il existe une perception erronée que les femmes, qui ont d’excellentes compétences non techniques, seraient moins douées en sciences et en technologie. Or, ce que l’on observe, c’est plutôt une absence de socialisation en ce sens ou d’encouragements à faire des études supérieures dans les STIM et à se diriger vers des emplois techniques.
Complément d’information
Rapport intégral (en anglais)
Coordonnées des chercheurs
Bessma Momani, professeure, Département de sciences politiques, University of Waterloo wwe@uwaterloo.ca
Les opinions exprimées dans cette fiche sont celles des auteurs; elles ne sont pas celles du CRSH, du Centre des Compétences futures ni du gouvernement du Canada.
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