De: Conseil de recherches en sciences humaines
Date de publication : 2018-03-08 09:10:00 | Date de modification : 2018-03-08 09:10:00
Photo : © Josie Desmarais. Des femmes défilent dans les rues de Montréal le 4 octobre 2016, pleurant les femmes autochtones disparues ou assassinées et sensibilisant le public aux actes de violence dont sont victimes les peuples autochtones.
Photo : © Susan Sacobie
Ce tableau a été peint pour les femmes malécites et mi’kmaq disparues et assassinées que l’on a presque oubliées. Les cinq femmes représentent la connaissance, la foi, la sagesse, la justice et la paix. Elles portent le chapeau pointu traditionnel, orné du motif en double courbe. La ceinture de wampum au bas du tableau renvoie à la promesse que nous avons faite à chacune de ces femmes de nous souvenir de leur vie et de leur rendre hommage. La ceinture de wampum représente également la promesse faite à chaque femme autochtone de reprendre notre statut matriarcal au sein de notre famille et de notre communauté. Nous devons faire preuve d’humilité et apprendre les unes des autres qui nous sommes, d’où nous venons, briser le silence et faire connaître notre histoire personnelle, afin de donner voix au chapitre à nos sœurs et de pouvoir rester en relation, être fortes et ainsi faire en sorte que nos familles et nos communautés soient fortes. Leurs boucliers qui se rejoignent nous protègent et nous rappellent que c’est une obligation et un privilège que de prendre soin les unes des autres car nous sommes toutes reliées. En tant que femmes et filles, tant les vivantes que celles qui ont traversé le pont arc-en-ciel, nous devons nous dire à nous-même et le dire aux autres : nos vies sont importantes, nous sommes importantes, nous devons nous aimer inconditionnellement, nous respecter les unes les autres et rester unies. — Susan Sacobie
En 2015, la chef Wendy Wetteland, présidente du Conseil des peuples autochtones du Nouveau-Brunswick, a communiqué avec Jula Hughes, professeure de droit à l’Université du Nouveau-Brunswick, pour lui demander de l’aider à mener un projet de recherche ayant pour but d’examiner des manières de prévenir la victimisation et d’améliorer les résultats des enquêtes sur les disparitions de femmes et de filles autochtones et de personnes de minorités sexuelles et de genre dans l’est du Canada.
La collaboration qui en a résulté correspond au type de travaux mis à l’honneur par le thème que les Nations Unies ont retenu pour la Journée internationale des femmes 2018, L’heure est venue : les activistes rurales et urbaines transforment la vie des femmes. Par ce thème, ONU Femmes rend hommage aux personnes qui, partout dans le monde, se mobilisent pour créer un avenir plus égalitaire.
Au Canada, les femmes autochtones ne représentent que 4 p. 100 de la population féminine, mais le risque qu’elles disparaissent ou qu’elles soient assassinées est 12 fois plus grand que pour toute autre femme. Condition féminine Canada estime de plus que les femmes et les filles autochtones sont touchées de façon disproportionnée par toutes les formes de violence.
Pour aider à remédier à cette situation, Wendy Wetteland et Jula Hughes ont lancé le projet intitulé Looking out for each other: Assisting Aboriginal families and communities when an Aboriginal woman goes missing, dans le but de venir en aide aux familles et communautés de femmes autochtones disparues.
« Je suis persuadée que le projet permettra aux parents et amis de personnes disparues de prendre des mesures efficaces », explique Jula Hughes.
Ce projet de recherche communautaire, mené en collaboration, allie recherche universitaire, activités des organismes de promotion de l’autonomie gouvernementale des Autochtones, efforts de justice sociale et réforme du système de justice.
Il en a résulté des réseaux de chercheures et de dirigeantes autochtones dans tout l’est du Canada, organisés en cercles universitaires et consultatifs, au sein desquels convergent les connaissances des communautés et les capacités de recherche des universitaires.
L’équipe a d’abord consulté les partenaires communautaires, afin de déterminer les capacités dont disposaient les organismes autochtones en milieu urbain et les ressources qui pourraient répondre aux besoins des communautés. Parmi différentes possibilités, ils ont relevé la nécessité de mettre en place un service d’assistance téléphonique afin de conseiller les parents et amis sur des questions telles que les échanges avec les médias et la police et l’utilisation des médias sociaux.
L’équipe du projet prépare également d’autres outils, d’autres ressources et d’autres recherches pour soutenir les femmes autochtones et leur communauté.
Elle a élaboré un guide de ressources à l’intention des organismes autochtones, afin d’aider les parents et amis des personnes autochtones disparues à s’y retrouver parmi les services complexes auxquels ils doivent s’adresser, lesquels sont destinés à la population en général.
L’étudiant en droit Fahim Rahman recense quant à lui les services qui pourraient améliorer l’accès à la justice dans la province, notamment ceux qu’offrent les services de police municipaux, provinciaux et fédéraux, de même que les services d’aide juridique, de santé, de sécurité publique, d’intervention en cas de crise et de recherche et sauvetage.
Le projet met aussi en lumière des histoires oubliées et non documentées, en assurant la consignation des récits et le suivi des dossiers de femmes disparues et en révélant de quelle manière les services ont réussi, ou non, à apporter un soutien à leurs parents et amis.
La coordonnatrice de l’équipe de recherche, Janelle Marchand, se penche sur le soutien en santé mentale offert aux fournisseurs de services autochtones, tandis que d’autres membres de l’équipe explorent la formation en compétences culturelles autochtones et les améliorations aux pratiques d’évaluation du risque dont pourraient bénéficier les forces policières, de même que la formation et le perfectionnement des avocats en matière de compétences culturelles autochtones.
Le 13 mars, l’Université du Nouveau-Brunswick va nommer Jula Hughes scientifique-chercheure, compte tenu de la qualité toujours excellente de ses travaux, qui sont de calibre international ou s’en approchent.
Les partenaires communautaires autochtones sont des conseils autochtones, des centres d’amitié, des organisations de femmes et des maisons de transition de l’est du Canada. Les partenaires universitaires sont les professeures Mirja Trilsch, Doris Farget et Dominique Bernier de l’UQÀM, Laurel Lewey de la St. Thomas University, Naiom Metallic de la Dalhousie University, Catherine Martin de la Mount Saint Vincent University et Jennifer Shea de la Memorial University.