La recherche comme outil de promotion des personnes 2ELGBTQIA+ dans les directions d’universités canadiennes
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Conseil de recherches en sciences humaines
L’adolescence peut être une période tumultueuse, alors que les jeunes s’interrogent sur leur identité et leur appartenance. Lorsque, en plus, les jeunes sont confrontés à des questions sur leur identité de genre et leur orientation sexuelle, les difficultés deviennent encore plus importantes. Et souvent, à la sortie du secondaire et au début de l’âge adulte, la discrimination et l’exclusion ne font que s’intensifier.
« J’étais une adolescente queer, se souvient Rachel Loewen Walker, professeure adjointe, directrice du programme d’études sur les femmes et le genre à l’University of Saskatchewan (en anglais), autrice (en anglais) et directrice du Social Innovation Lab on Gender and Sexuality (en anglais). Après être sortie du placard, et même si mes parents et mes amies et amis m’appuyaient entièrement, il m’a quand même fallu quatre ou cinq ans avant d’être assez à l’aise pour tenir la main de la personne que j’aimais en public. »
Passion militante
C’est l’expérience vécue de Mme Loewen Walker qui a nourri sa passion pour la défense des droits des personnes 2ELGBTQIA+, dans un contexte d’opposition ciblant les transgenres et la diversité sexuelle, ce qu’elle qualifie de « tendance préoccupante ».
« Malgré des décennies d’avancées importantes en matière de droits des personnes 2ELGBTQIA+, le climat actuel est beaucoup plus hostile qu’il y a dix ans. Certains mouvements exploitent l’enjeu du genre et le sentiment de panique pour attiser la peur et promouvoir la discrimination », se désole Mme Loewen Walker, commentant le débat sur le droit des enfants de moins de 16 ans de changer de nom et de pronoms à l’école sans le consentement de leurs parents.
« C’est comme si on avait refermé le couvercle après des années de libération de l’expression du genre, et maintenant une génération de jeunes étouffe. Nous sommes revenus en arrière et leur disons qu’il faut se comporter comme une fille ou un garçon. Je n’arrive pas à y croire. J’ai peur pour nos jeunes. »
De la recherche à l’action
Poussée par sa passion pour la recherche et l’activisme, Mme Loewen Walker a aidé, alors qu’elle était directrice générale de OUTSaskatoon (en anglais), à faire évoluer les politiques provinciales en matière d’identification, à créer des cliniques sur le changement d’identification pour les personnes trans et à alléger leur fardeau lors du processus administratif. Ces efforts ont mené à des changements à l’échelle provinciale, notamment sur les cartes santé, les certificats de naissance et les permis de conduire. Maintenant, une personne qui ne s’identifie pas comme un homme ou une femme peut faire apposer le marqueur non binaire « X ».
Aujourd’hui, Mme Loewen Walker entame un projet de recherche novateur, financé grâce à une subvention de l’Initiative sur la race, le genre et la diversité du CRSH. Intitulé Queering Leadership, Indigenizing Governance: Building Intersectional Pathways for Two Spirit, Trans, and Queer Communities to Lead Social and Institutional Change, ce projet à plusieurs facettes sera consacré à l’étude d’approches intersectionnelles visant à rendre les directions d’universités canadiennes inclusives.
« On a besoin de personnes trans et queer dans les postes de direction, soutient-elle. Cependant, il faut cesser cette fixation sur les cases qu’elles cochent. Prenons plutôt exemple sur les jeunes d’aujourd’hui, qui démontrent une attitude beaucoup plus inclusive. »
L’équipe de recherche de Mme Loewen Walker étudiera les politiques et stratégies sur l’équité, la diversité et l’inclusion des universités canadiennes qui, affirme-t-elle, ont tendance à exclure les communautés 2ELGBTQIA+.
Renforcer les capacités de leadership
« Par sa portée, cette recherche est une première au Canada. Nous avons d’abord organisé des groupes de discussion partout au pays afin de concevoir un sondage pour en savoir plus sur les postes et les expériences de direction qui sont offerts – ou non – aux membres 2ELGBTQIA+ du corps professoral et du personnel dans les universités canadiennes. Nous travaillons aussi avec des organismes bispirituels à l’étude de modèles de gouvernance décolonisés dans les organisations et les établissements. On ne pourra jamais changer le système et les équipes de direction en restant dans un cadre colonial. »
Dans le sondage, les personnes participantes devront répondre à des questions comme : quelle est votre expérience à l’université en tant que personne 2ELGBTQIA+? Avez-vous déjà occupé un poste de direction? A-t-on déjà écarté votre candidature à un poste de direction en raison de votre identité? En quoi les expériences relatives à la diversité de genre et d’orientation sexuelle sont-elles des atouts en matière de leadership et de gouvernance?
« Nous espérons obtenir des données claires qui montreront ce que vit une personne queer à Toronto comparativement à une personne queer au Nouveau-Brunswick ou en Saskatchewan, ainsi que toutes les situations possibles entre les deux, précise Mme Loewen Walker. Certes, on voit plus de diversité dans les postes de direction sur le plan de l’orientation sexuelle, mais très peu en ce qui a trait à l’identité de genre. »
Avec les données actuellement disponibles, il peut être difficile de faire cette distinction.
« On a tendance à les regrouper, ce qui est problématique », déplore-t-elle.
De la recherche à la création d’emploi
« Il y a effectivement des personnes trans qui font des études postsecondaires, mais dans les postes de direction, elles sont très peu nombreuses, voire absentes. C’est une situation qu’il faut étudier de plus près. Si nous avons un portrait plus clair des personnes qui occupent ces postes, mais surtout de celles qui en sont exclues, nous pourrons analyser et exploiter ces données pour susciter des changements et développer les capacités de leadership des universités du pays. »
L’équipe de Mme Loewen Walker a déjà constaté les effets de ses recherches passées, menées dans le cadre du Social Innovation Lab, en matière de cheminement professionnel dans des fonctions de direction.
« Nous jumelons des personnes au premier cycle et aux cycles supérieurs en recherche avec des organismes communautaires dans le cadre d’études de première importance sur le genre et la sexualité, explique Mme Loewen Walker. Aujourd’hui, plusieurs de ces personnes occupent un poste permanent dans ces organismes. Cela démontre la valeur de ce travail, et du même coup il y a un renforcement des capacités de mobilisation des connaissances. »
Faire changer les politiques pour un avenir plus équitable
Malgré l’opposition à laquelle se heurte aujourd’hui la communauté 2ELGBTQIA+, Mme Loewen Walker voit la lumière au bout du tunnel.
« Je pense que les prochaines années ne seront pas faciles, mais nous nous en sortirons, estime-t-elle. Et nous serons alors plus solides. »
Elle croit que l’étude sur les personnes queers dans les postes de direction aidera à jeter les bases d’une évolution des politiques et d’un avenir plus inclusif.
« La recherche peut être le catalyseur du changement, plaide-t-elle. Nous avons pu constater directement les effets de nos travaux au sein du Social Innovation Lab, qu’il s’agisse des politiques de logement adaptées aux personnes queers et de l’analyse des évictions (en anglais), du rapport sur les personnes âgées queers (en anglais) ou de l’étude du processus de changement d’identification pour les personnes trans et non binaires (en anglais). Notre objectif est de continuer à repousser les frontières de la recherche sur la diversité de genre et d’orientation sexuelle. »
La chercheuse soutient que le but de son équipe de recherche est de produire des résultats qui mèneront à des changements de politiques à l’échelle locale, provinciale et nationale.
« Les jeunes queers et trans d’aujourd’hui parlent haut et fort même si tout le monde essaie de les faire taire. Ces jeunes nous enseignent déjà le leadership. Je vois un avenir où l’on acceptera et applaudira cette prochaine génération de leaders. »