Combler l’écart en science et technologie
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Encore aujourd’hui, des obstacles systémiques empêchent les femmes de travailler en science, technologie, ingénierie et mathématiques, mais des interventions fondées sur des données probantes, comme le mentorat, l’alliance inclusive et l’apprentissage par observation peuvent aider à combler le fossé entre les sexes dans ces domaines
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Conseil de recherches en sciences humaines

Membres du consortium lors de la rencontre de lancement du projet en 2017.
Photo : Paul Joseph
Au Canada, moins d’un quart des emplois en science, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM) sont occupés par des femmes, bien qu’elles représentent plus du tiers des personnes diplômées dans ces domaines.
C’est précisément ce genre de disparité qui a inspiré la création de la Journée internationale des femmes et des filles de science que l’on souligne le 11 février. Ce fossé entre les sexes a aussi été l’étincelle qui a mené à la création de « Engendering Success in STEM » (ESS), un ambitieux projet financé par une subvention de partenariat de recherche du CRSH. Dans le cadre de ce projet, des chercheuses et chercheurs de l’University of British Columbia disposent de 2,5 millions de dollars sur sept ans pour étudier en profondeur la sous-représentation des femmes dans les STIM.
Les filles rencontrent des obstacles bien avant la recherche d’un premier emploi. C’est pourquoi les recherches dirigées par Toni Schmader, directrice du projet ESS, et ses collègues portent entre autres sur l’émergence des stéréotypes sur le sexe et les sciences durant l’enfance.

Toni Schmader, directrice du projet « Engendering Success in STEM », prend la parole lors de la rencontre de lancement du projet en 2017.
Photo : Paul Joseph
« Nous avons constaté que, au début du primaire, 12 % des filles pensent que les garçons sont meilleurs en mathématiques. D’autres recherches montrent que ces stéréotypes se renforcent avec l’âge », rapporte Mme Schmader, professeure, ancienne titulaire d’une chaire de recherche du Canada et première femme à diriger le Département de psychologie de l’University of British Columbia. « Voilà une donnée que nous pouvons changer, car les stéréotypes sont encore malléables à ce stade. »
Il existe plusieurs méthodes pour déconstruire ces stéréotypes, de la mise en valeur d’exemples de femmes qui ont réussi en science jusqu’aux fines modifications dans la façon de nommer et de cadrer certaines activités.
« Certaines subtilités dans les mots peuvent sans qu’on le veuille orienter l’intérêt d’un enfant. C’est un constat issu de la recherche qui nous a fait réfléchir », affirme Sandy Eix, directrice de l’éducation aux STIAM (science, technologie, ingénierie, arts, mathématiques) de Science World, un des quelque 40 partenaires du projet EES. « Lorsque nous avons compris que, pour publiciser nos initiatives en robotique, l’emploi d’un terme commecoding ninjapouvait influencer la participation selon le sexe, nous avons repensé le tout afin de mieux refléter leur côté créatif et ouvert. »
Sandy Eix ajoute que le souci d’employer des noms inclusifs reste au cœur de la philosophie de Science World en matière de programmes.
Les stéréotypes et les barrières psychologiques restent des freins pour les femmes et les filles
Bien que Mme Schmader soit une psychosociologue surtout connue pour son travail sur les STIM et le genre, ses premières recherches portaient plutôt sur la race et l’ethnicité aux États-Unis. « Je me suis toujours intéressée aux limites que les stéréotypes imposent à notre conception de nous-mêmes et à ce que nous pouvons faire », explique-t-elle.
Dans ses premiers travaux, elle met en avant la notion de « menace du stéréotype », que l’on observe lorsqu’une personne a de la difficulté à faire des tests ou des tâches parce qu’elle craint que son travail vienne confirmer des stéréotypes négatifs sur son groupe d’appartenance. Ce phénomène peut toucher tout type d’identité marginalisée, notamment en ce qui a trait au genre. Les femmes sont plus susceptibles d’être confrontées à la menace du stéréotype dans les domaines à dominance masculine. Cette barrière psychologique fait donc partie des causes du fossé observé dans les STIM.
« Il arrive que, dans le cadre d’un stage ou d’un programme de travail-études, une nouvelle diplômée vive un choc, fait remarquer la chercheuse, car les programmes de premier cycle en ingénierie peuvent être un peu moins imprégnés de cette culture masculine à laquelle les femmes sont parfois confrontées dans leur premier emploi. »
Les interventions fondées sur des données probantes, d’une redoutable efficacité

Des personnes participent à un atelier RISE, organisé en mars 2020 dans le cadre du projet « Engendering Success in STEM ».
Photo : Toni Schmader
Pour limiter l’incidence de la menace du stéréotype et d’autres préjugés implicites, il faut sensibiliser les gens, quel que soit leur genre, dans les écoles et les milieux de travail. Mme Schmader affirme que dernièrement, malgré le fait que les formations sur l’équité, la diversité et l’inclusion soient considérées par certaines personnes comme étant controversées, de nombreuses discussions sur les interventions en milieu de travail manquent encore de nuance et font l’impasse sur un grand ensemble de données probantes au sujet d’approches qui peuvent changer les opinions et les comportements.
« Quelle que soit l’intervention, il y a de bonnes et de mauvaises façons d’agir. Bien que certains modèles peuvent entraîner une attitude de réaction, il reste que beaucoup d’interventions issues de formations sur la diversité sont extrêmement efficaces, explique la chercheuse. Les programmes de mentorat, par exemple, sont unanimement reconnus pour leur efficacité. Ils aident les femmes à créer des liens, à renforcer leur sentiment d’appartenance et à éventuellement créer des alliances. »
Le mentorat est plus qu’un concept théorique pour Mme Schmader, qui en 2022 a reçu le prix Killam d’excellence en mentorat. Elle mentore des étudiantes de cycle supérieur et des collègues en début de carrière, mais elle se souvient particulièrement d’Alexa Bailey, une élève de 9e année qui a fait appel au projet ESS pour l’aider à concevoir un programme fondé sur des données probantes destiné à renforcer la confiance des écolières en matière de mathématiques. La jeune fille a fondé plus tard le programme sans but lucratif « Filles à la puissance des maths », qui est utilisé dans plusieurs écoles de Vancouver et de Whistler.
Les femmes et les filles dans les STIM
Les stéréotypes et les barrières psychologiques ne font pas qu’empêcher les femmes de réaliser leur plein potentiel, ils ont le même effet sur le secteur canadien des STIM.
On constate que la diversité dans les équipes de recherche est un atout pour l’innovation et l’inclusion. De plus, la lutte contre les stéréotypes et autres barrières pourrait pallier la pénurie de main-d’œuvre dans divers domaines, et pas seulement dans les STIM.
« Parmi les secteurs les plus touchés par la pénurie de main-d’œuvre, on trouve beaucoup d’emplois très genrés, comme les soins infirmiers, l’enseignement ainsi que des domaines comme l’ingénierie et les technologies », mentionne Mme Schmader, qui a reçu une subvention de développement Savoir du CRSH pour sa recherche sur l’intérêt des hommes pour les rôles et les emplois dans le milieu communautaire. Ses plus récentes recherches porteront sur les stéréotypes et les emplois très genrés.
« Comme ces emplois, en raison des stéréotypes très ancrés, n’attirent que la moitié de la population, à mon avis ces pénuries ne sont pas une coïncidence », conclut-elle.
Vous voulez en savoir plus?
Pour en savoir plus sur les recherches de Toni Schmader et le projet ESS, visitez le site Engendering Success in STEM (en anglais). Vous pouvez aussi accéder à diverses ressources en format PDF (en anglais), comme le rapport final du projet et des trousses d’intervention. Pour en savoir plus sur la menace du stéréotype et autres barrières, consultez le site du Social Identity Lab (en anglais) de l’University of British Columbia.
Téléchargez (en anglais) l’impressionnante recherche menée par Alexa Bailey et Toni Schmader en prélude au lancement de Filles à la puissance des maths.