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De nouvelle venue à actrice du changement : comment une titulaire de chaire de recherche du Canada transforme la vie des jeunes personnes noires au Canada  – En investissant dans la recherche communautaire, une universitaire refaçonne l’avenir et redéfinit la notion de réussite pour toute une génération

Date de publication : Durée estimée de lecture : 6 min

Bukola Salami (au centre) et des participantes et participants à la Black Child and Youth Wellness Conference, mai 2025, Calgary, Alberta.

Photo : Diversity Magazine

Bukola Salami est déterminée à montrer comment la recherche et la formation peuvent changer des vies.

Originaire du Nigeria, elle est arrivée au Canada en 1997, à l’âge de 16 ans. À cette époque, elle était une élève du secondaire habitée par de grands rêves ainsi qu’une profonde incertitude. Comme bien des personnes nouvellement arrivées au pays, ses parents avaient des diplômes universitaires, mais des obstacles systémiques les ont contraints à accepter des emplois peu rémunérés, ne demandant que peu ou pas de qualifications.

« Pour moi, ça signifiait qu’on pouvait fréquenter l’université, et tout de même devoir travailler dans une usine, conduire un taxi ou faire le ménage », se souvient Mme Salami.

Pendant son adolescence dans des quartiers de Toronto « à haut risque », elle voyait rarement des professionnelles et professionnels noirs dans des postes de gestion bien rémunérés. Du moins, c’était le cas jusqu’à ce qu’elle découvre un programme de mentorat d’été à l’University of Toronto.

« Cette expérience transformatrice m’a permis d’être exposée à des personnes noires qui réussissent, et de réaliser que ce succès était aussi à ma portée. »

Près de 30 ans plus tard, l’ancienne infirmière devenue chercheuse et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la santé des personnes noires et racialisées à l’University of Calgary est une universitaire reconnue mondialement. Les expériences qu’elle a vécues plus jeune continuent de la motiver aujourd’hui.

« Les jeunes personnes noires doivent prendre conscience qu’elles ont le choix et la possibilité de se bâtir une vie meilleure », explique Mme Salami avec passion.

Son objectif est ambitieux : transformer la vie des jeunes personnes noires au Canada en formant la prochaine génération d’universitaires noirs.

Améliorer concrètement la vie des jeunes personnes noires au Canada

Discussions au Black Scholar Summer Institute, mai 2025, Calgary, Alberta.

Photo : Diversity Magazine

En 2024, Mme Salami a reçu une subvention parmi les plus élevées jamais octroyées par les organismes fédéraux de financement de la recherche. Grâce à une subvention Partenariat du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) de 2,5 millions de dollars (en anglais), elle a lancé Transforming Black Lives (en anglais). Ce projet, qui s’échelonne sur cinq ans, est conçu pour améliorer la vie des jeunes personnes noires dans cinq systèmes interreliés : éducation, santé, justice, protection de l’enfance ainsi qu’immigration et établissement.

« Le projet est mené par, pour et avec les communautés noires, précise Mme Salami. Cette approche est essentielle pour que les retombées soient transformatrices. »

Plus de 40 chercheuses, chercheurs et partenaires participent au projet : Justice Canada, Femmes et Égalité des genres Canada, Agence de la santé publique du Canada, ainsi que des organismes communautaires et des universités d’un bout à l’autre du pays.

Les données probantes comme moteur de changement

Au cours des deux dernières années, l’équipe de Mme Salami a analysé plus de 250 études sur les jeunes personnes noires, et a également effectué le plus important sondage national jamais réalisé auprès des jeunes personnes noires au Canada, qui comptait 4 000 participantes et participants. Les résultats préliminaires mettent en lumière des phénomènes comme la discrimination en milieu scolaire, les obstacles aux soins de santé, l’exposition à la violence sexuelle et les inégalités dans le système de justice.

Pour la chercheuse, ces données doivent mener à des mesures concrètes.

« C’est une chose d’obtenir du financement pour nos recherches, explique-t-elle. C’en est une autre de réellement mettre en œuvre les changements proposés. »

C’est pourquoi les responsables de l’élaboration de politiques et les partenaires communautaires font partie intégrante du projet – de la formulation des questions de recherche à l’élaboration conjointe et à la mise à l’essai des interventions – afin de veiller à ce que les conclusions soient ancrées dans les expériences concrètes et pertinentes pour l’élaboration de politiques.

Le renforcement des capacités, de l’école secondaire aux études supérieures

Au-delà des données, le projet « Transforming Black Lives » est conçu pour renforcer les capacités à long terme en outillant davantage de chercheuses et chercheurs noirs afin qu’elles et ils puissent s’attaquer aux inégalités dans leurs collectivités. La formation commence à l’école secondaire et se poursuit jusqu’aux études universitaires de premier, de deuxième et de troisième cycles.

« L’une de nos principales interventions consiste à établir un lien avec les jeunes tôt dans leur parcours, et de leur faire prendre conscience que des emplois payants sont à leur portée », explique Mme Salami.

La professeure Bukola Salami prononce une allocution au Black Scholar Summer Institute, mai 2025, Calgary, Alberta.

Photo : Diversity Magazine

Les programmes comprennent un volet annuel de recherche de premier cycle, un programme de mentorat et de leadership (en anglais) dont plus de 300 jeunes personnes noires ont profité, ainsi que le Black Scholar Summer Institute (en anglais), qui a réuni 64 universitaires à Calgary en 2025 pour des activités comme de la formation intensive en recherche, la rédaction de demandes de subventions et la mobilisation communautaire. Des représentantes et représentants du CRSH et des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) étaient également présents.

« Ce fut une expérience très motivante, se remémore Mme Salami. Les gens sont repartis avec de nouvelles connaissances et plus d’espoir pour l’avenir. »

Le programme de mentorat et de leadership pour les jeunes personnes noires a des retombées concrètes. Les parents des participantes et participants rapportent que leurs enfants en ressortent avec plus de confiance, une identité culturelle plus forte et un meilleur engagement scolaire.

« Lorsque les enfants se sentent en confiance et soutenus, tout le reste se place », explique la chercheuse.

D’importantes recherches, encore aujourd’hui

Les inégalités systémiques demeurent flagrantes au Canada.

« Nous savons que les communautés noires ont l’un des pires niveaux de réussite au Canada, après les peuples autochtones », selon Mme Salami. Elle ajoute que les jeunes personnes noires sont surreprésentées dans les systèmes de protection de l’enfance et de justice, et victimes de disparités persistantes en matière d’éducation.

« Il ne s’agit pas d’échecs individuels, poursuit-elle. Ce sont des problèmes systémiques qui nécessitent des solutions systémiques. »

Selon elle, le financement de recherches menées par des chercheuses et chercheurs noirs est essentiel pour trouver des solutions.

« Il est impossible de s’attaquer aux inégalités sans ce financement, qui non seulement permet de cerner les problèmes, mais aussi d’investir dans les forces des communautés. »

Au moment où le projet « Transforming Black Lives » amorce la prochaine étape de son évolution, soit celle des essais et de la mise à l’échelle des interventions développées en collaboration avec les collectivités, son potentiel dépasse largement le cadre établi au départ.

« Mon rêve le plus cher est de renforcer les capacités à très grande échelle », affirme Mme Salami avec un sourire.

Vous voulez en savoir plus?

Participez à la série de conférences « Transforming Black Lives » (en anglais).

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