Égalité des chances : les femmes et les métiers spécialisés
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Chercheuse et doctorante à Toronto, Daniela Gatti travaillait dans le secteur des services publics quand elle a commencé à s’intéresser à la manière dont les femmes surmontent les obstacles auxquels elles sont confrontées pour exercer des métiers spécialisés.
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Conseil de recherches en sciences humaines

Une employée de centrale électrique.
Photo : Daniel Balakov
Durant la pandémie, Daniela Gatti (en anglais) occupait un poste en ressources humaines dans le secteur des services publics. Là, le fossé entre les sexes était difficile à ignorer.
« Dans mon travail, je côtoyais des ouvrières, des ouvriers, des opératrices et des opérateurs syndiqués. Sur environ 300 personnes, à peine cinq d’entre elles étaient des femmes », explique la chercheuse, actuellement doctorante au Centre for Industrial Relations and Human Resources de l’University of Toronto. « C’est ainsi que j’ai commencé à m’intéresser à la façon dont les gens évoluent dans leur métier lorsque leurs collègues ne leur ressemblent pas. »
Bien que ces chiffres soient démesurés, les femmes sont effectivement sous-représentées dans les métiers spécialisés. En 2024, Statistique Canada estimait que les femmes représentaient moins de 8 % des personnes exerçant ces professions.
Les recherches de Mme Gatti ont toutefois démontré que les groupes de médias sociaux propres à l’industrie qui s’adressent aux minorités exerçant des métiers spécialisés peuvent atténuer le sentiment d’isolement et aider les femmes à accéder à des ressources. Ce type d’aide virtuelle pourrait aider les femmes à demeurer dans ces métiers et ainsi augmenter le taux de rétention.
De nos jours, l’inégalité entre les sexes dans les métiers spécialisés est un sujet brûlant, notamment parce que le Canada est confronté à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans ce secteur, ce qui menace de freiner l’initiative actuelle d’édification de la nation. Cette inégalité a également des répercussions négatives sur les petites et moyennes entreprises et fait augmenter le coût de la vie pour l’ensemble de la population canadienne.
« Nous sommes aujourd’hui confrontés à une réelle pénurie alors que nous anticipons une vague de départs à la retraite dans un avenir proche. Le problème est donc en partie démographique, souligne la chercheuse. Voilà pourquoi le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux s’efforcent de recruter davantage de personnes dans les métiers spécialisés. »
Comme elle l’a constaté, les efforts des gouvernements ciblent aussi forcément les femmes, qui sont particulièrement sous-représentées dans les postes de direction et les échelons supérieurs. Il est donc urgent de comprendre les raisons de cette disparité.
Double préjugé, double défi
« Pour certaines personnes, les métiers spécialisés sont mal vus parce qu’ils sont perçus comme “salissants”, explique la chercheuse. Pour beaucoup, ils sont aussi considérés comme des métiers réservés aux hommes, de sorte que les femmes qui les exercent sont confrontées à un double préjugé ».
Voilà pourquoi moins de femmes envisagent ce type de carrière. Par ailleurs, les préjugés et leurs conséquences rendent plus difficile pour les femmes exerçant des métiers spécialisés de s’épanouir dans leur milieu de travail. Dans le cadre de ses recherches de maîtrise en gestion – qui ont été financées par une bourse d’études supérieures du Canada (aujourd’hui appelée bourse d’études supérieures en recherche du Canada au niveau de la maîtrise et faisant partie du Programme de bourses de formation en recherche du Canada) –, Daniela Gatti a interrogé des personnes œuvrant dans les métiers spécialisés et a documenté les préjugés auxquels elles étaient confrontées tant sur leur lieu de travail que dans leur communauté.

Une garagiste discute avec un client.
Photo : FG Trade
« Leurs familles se montraient très inquiètes à l’égard de leur emploi, se souvient Mme Gatti. Les femmes cachaient le fait qu’elles songeaient à se diriger vers un métier spécialisé. Sachant qu’elle décevrait ses parents, l’une d’entre elles m’a confié qu’elle ne dirait rien à sa famille avant d’avoir terminé sa formation initiale d’apprentie. »
Le Canada a déjà été confronté à une pénurie de main-d’œuvre alors qu’il était en pleine reconstruction nationale. Durant la Deuxième Guerre mondiale par exemple, il a tenté d’y remédier en lançant des campagnes qui encourageaient les femmes à se lancer dans les métiers manuels et l’industrie manufacturière. L’une des campagnes les plus connues mettait en vedette Veronica Foster, également connue en anglais sous le nom de « Ronnie the Bren Gun Girl », une jeune femme de 19 ans qui, en 1941, a commencé à travailler dans une fabrique de munitions à Toronto. Malheureusement, la plupart des emplois occupés par les femmes à cette époque n’étaient que temporaires.
« On constate souvent un essor du nombre de femmes exerçant des métiers spécialisés en période de crise économique, comme une récession ou une guerre. C’est à ces moments-là qu’on se met à entendre que les femmes devraient se lancer dans ces métiers, remarque Mme Gatti. C’est ce qui se passe chaque fois qu’il y a une pénurie de main-d’œuvre, mais dès que le problème est résolu, elles ne sont plus les bienvenues. »
La sphère professionnelle : les femmes se rassemblent en ligne
Pour trouver des personnes à interviewer dans le cadre de sa recherche, Daniela Gatti s’est tout d’abord tournée vers les forums virtuels destinés aux femmes exerçant un métier spécialisé. Cependant, elle a rapidement été fascinée par la solide communauté découverte en ligne, une communauté offrant soutien et conseils pratiques aux travailleuses spécialisées. Là, les femmes y discutent activement de tout, que ce soit de la discrimination en milieu de travail ou des boutiques où acheter des tenues de travail pour femmes enceintes. Elles échangent également de nombreux conseils pratiques pour trouver des stages d’apprentissage et des postes.
Selon la recherche de Mme Gatti, les femmes n’appartenant pas à des groupes en ligne ont le sentiment que leur carrière aurait été plus fructueuse si elles avaient bénéficié d’un plus grand soutien de la part de leurs pairs et d’un meilleur accès aux ressources. Les outils numériques offrent discrétion, connectivité et réconfort constant aux personnes qui se sentent stigmatisées sur leur lieu de travail.
En 2025, la chercheuse a publié avec Mark Julien, son superviseur de la Goodman School of Business de la Brock University, un article intitulé « Beyond the water cooler: how online groups foster social capital for women in the skilled trades » (en anglais) basé sur certaines de ses conclusions. Elle est ensuite revenue vers les personnes interviewées pour les remercier.
« J’ai été surprise de voir combien d’entre elles voulaient lire l’article dans son intégralité, rapporte-t-elle. Elles étaient ravies d’avoir fait l’objet d’un article et de voir leur travail suffisamment important pour faire l’objet d’une étude. Elles se sentaient valorisées. »
Équité, diversité et inclusion dans les métiers spécialisés : des concepts qui reviennent au goût du jour
En janvier 2026, Daniela Gatti et Mark Julien ont corédigé un bref article pour La Conversation qui soulignait le rôle des communautés virtuelles. Cet article a trouvé un nouveau public sur les réseaux sociaux et a été repris par plusieurs autres publications, dont Yahoo News.
Cela prouve une fois de plus que la pénurie de main-d’œuvre et le manque de femmes dans les métiers spécialisés sont des préoccupations majeures pour beaucoup. Mme Gatti espère toutefois que les efforts entrepris actuellement pour promouvoir l’équité, la diversité et l’inclusion sont radicalement différents de ceux déployés par le passé.
« Même sans pénurie de main-d’œuvre, les femmes, les personnes non binaires, les Autochtones et les personnes nouvellement arrivées au pays devraient exercer des métiers spécialisés, car elles et ils ajoutent de la diversité à ce domaine, souligne la chercheuse. Des perspectives différentes rendent le milieu de travail plus créatif et efficace. »
Vous voulez en savoir plus?
Pour en savoir plus sur les recherches de Daniela Gatti, lisez Beyond the water cooler (en anglais) et découvrez, dans un article en anglais de The Conversation, le rôle que jouent les cybercommunautés dans la constitution du capital social.