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Les conflits de vérités en contexte scolaire  – Une professeure de l’Université du Québec à Montréal cherche à comprendre comment le personnel enseignant et les élèves naviguent entre croyances et savoir scientifique face aux controverses

Date de publication : Durée estimée de lecture : 5 min

Une enseignante mène une discussion dans une classe de secondaire.

Photo : monkeybusinessimages

Questions de genre et d’orientation sexuelle, théories de l’évolution, vaccination : comment aborder ces sujets sans enflammer la classe dans un contexte où les débats sociaux sont de plus en plus polarisés? C’est autour de ces questions complexes, controversées ou socialement vives que s’articule le projet de recherche dirigé par Stéphanie Tremblay, professeure au Département de sciences des religions de l’Université du Québec à Montréal et directrice du Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie.

À l’aide d’une subvention Savoir du Conseil de recherches en sciences humaines obtenue en 2024, Mme Tremblay dirige un projet ayant pour objectif d’examiner comment les écoles du Québec, de la Belgique, de la France et de la Suisse gèrent les conflits de vérités – situations où deux vérités s’opposent, d’un côté se trouvant les connaissances établies par la science, et de l’autre, les convictions personnelles liées aux croyances, aux valeurs ou à l’identité.

« À l’heure actuelle, les sociétés sont fortement polarisées et les connaissances établies sont contestées, observe la chercheuse. Mes travaux visent à analyser les défis pédagogiques qui se posent quand les savoirs scolaires sont remis en question, débattus ou rejetés par des croyances personnelles ou culturelles contradictoires. »

En effet, pour que la société démocratique soit résiliente, il faut apprendre à distinguer entre faits, croyances, valeurs et émotions – sans exclure ni marginaliser. L’école est un lieu privilégié pour commencer ce travail.

Distinguer les registres de vérité

Au cœur du projet se trouve la notion de « registre de vérité », c’est-à-dire les différentes façons de considérer qu’une affirmation est véridique sur le plan scientifique, moral, identitaire ou émotionnel.

« Dans une discussion sur la vaccination, par exemple, certains arguments relèvent de la science alors que d’autres sont associés à la peur, à l’expérience ou aux valeurs personnelles. Mon objectif est de voir comment ces différents registres de vérité s’entrecroisent chez le personnel enseignant et les élèves du secondaire », explique la chercheuse.

Pour ce faire, Stéphanie Tremblay et son équipe ont établi trois objectifs de recherche : décrire comment le personnel enseignant et les élèves comprennent les conflits de vérités; analyser comment les désaccords sont négociés en salle de classe dans le milieu francophone; comparer différents modèles pour gérer les différends à l’école.

« Nous tentons de mieux comprendre comment l’école fait la démarcation entre ce qui est considéré comme un savoir légitime et ce qui est perçu comme une croyance idéologique ou non fondée », précise Mme Tremblay.

Une jeunesse en quête d’autonomie

Un enseignant discute avec un groupe d’élèves du secondaire.

Photo : Eduard Figueres

Le projet est né d’une précédente étude de la chercheuse qui portait sur les perceptions étudiantes à l’égard des théories du complot.

« Nous avons constaté l’importance des émotions et du désir d’autonomie chez les jeunes. Plusieurs veulent se faire leur propre idée plutôt que de simplement accepter ce que disent les institutions », indique Mme Tremblay.

Or ce désir d’agir intentionnellement, de prendre des décisions et d’influencer son environnement, plutôt que de simplement subir les événements, peut aussi bien être positif que déstabilisant.

« Le pouvoir d’agentivité est à la fois un vecteur de liberté et un facteur d’isolement, car il transforme le rapport au savoir », précise la chercheuse qui, intéressée par les transformations de la société moderne et par le mélange entre le monde religieux et le monde laïque, voit dans l’école un véritable laboratoire social. « On observe aujourd’hui dans les écoles un mélange de croyances et de types de savoirs. Comprendre ce phénomène est essentiel pour préserver la démocratie. »

Une collaboration internationale

Mené au Québec, en France, en Belgique et en Suisse, le projet rassemble des spécialistes en sociologie des religions, en didactique des sciences, en communication et en psychologie sociale.

« Ce qui fait la richesse de ce projet, c’est sa dimension interdisciplinaire. Les conflits de vérités ne sont pas qu’un enjeu scientifique; ils sont aussi sociaux, médiatiques et psychologiques », insiste Stéphanie Tremblay.

L’équipe s’apprête à entrer dans des écoles secondaires pour réaliser des entretiens et des observations auprès de membres du personnel enseignant et d’élèves. Un questionnaire sera ensuite élaboré à partir des données recueillies, le but étant de combiner des méthodes qualitatives et quantitatives pour obtenir un portrait plus complet de la manière dont différentes sociétés francophones gèrent les controverses en milieu scolaire.

Former des personnes capables de nuance

Bien que la recherche n’en soit qu’à ses débuts, ses retombées anticipées sont considérables. Sur le plan scientifique, elle permettra de mieux comprendre comment les jeunes forment leurs opinions face aux informations provenant de sources multiples parfois contradictoires. Sur le plan social, elle servira à outiller le personnel enseignant et à renforcer l’esprit critique des élèves.

L’équipe de recherche prévoit aussi tenir des colloques, enregistrer des balados et rédiger des articles en vue de vulgariser, pour le grand public, les sujets controversés à l’étude.

« Par ces moyens, nous voulons contribuer à dépolariser les débats, car trop souvent les discussions se résument à des oppositions gauche-droite alors que la réalité est plus nuancée », explique la chercheuse.

Pour Stéphanie Tremblay, l’enjeu dépasse largement les murs de l’école.

Vous voulez en savoir plus?

Pour en apprendre davantage sur le sujet, lisez le numéro thématique intitulé « À l’école de l’incertitude : théories du complot et autres conflits de vérités en Belgique, en France, en Suisse et au Québec » qui paraîtra en juin 2026 dans la revue Recherches en éducation. Vous pouvez également consulter la page de Stéphanie Tremblay dans le site Web de l’Université du Québec à Montréal pour connaître les publications et événements liés au projet de recherche.

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