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Le Canada, pays de l’Arctique : repenser la défense dans le Nord  – Un titulaire de chaire de recherche du Canada nourrit la conversation nationale entourant la sécurité, les partenariats et les collectivités dans une région arctique en pleine transformation

Date de publication : Durée estimée de lecture : 7 min

Whitney Lackenbauer sur la glace de mer au sud-est de l’île Cornwallis, au Nunavut.

Whitney Lackenbauer sur la glace de mer au sud-est de l’île Cornwallis, au Nunavut.

Photo : Jeff Lindsay

Dans la communauté nordique de Cambridge Bay, au Nunavut, le spécialiste de l’Arctique Whitney Lackenbauer (en anglais) réfléchit à l’avenir du Canada dans le Nord.

« Quand je suis dehors, je ne peux m’empêcher d’être émerveillé. Je suis ébloui devant la beauté naturelle du Nord », s’exclame-t-il. Mais pour lui, la région ne se résume pas à ses paysages grandioses. « Les gens qui y habitent prennent en main leur destin, définissent leurs priorités et aident le pays à réaliser ses ambitions. En tant que chercheur, j’ai le privilège de participer à cette conversation et d’évoluer dans cet écosystème. Ce sont les relations que j’ai nouées dans le Nord qui motivent mon action. »

Historien de l’Arctique, professeur d’études canadiennes à la Trent University (en anglais) et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’étude du Nord canadien, M. Lackenbauer est un spécialiste renommé des collectivités nordiques et des questions de souveraineté et de sécurité de l’Arctique.

Whitney Lackenbauer participant à la construction d’un igloo sur l’île King William, au Nunavut, en 2015.

Whitney Lackenbauer participant à la construction d’un igloo sur l’île King William, au Nunavut, en 2015.

Photo : Donald Waldock

« Le pays peut compter sur des communautés dynamiques qui construisent l’avenir dans le Nord. Notre travail ici influence les conversations et les politiques à l’échelle nationale », affirme-t-il.

Ses recherches, qui bénéficient du soutien du CRSH, aident la population canadienne à mieux comprendre l’importance stratégique de l’Arctique et les gens qui y habitent.

« Cette région fait partie intégrante du pays, mais sans expérience directe du terrain, les gens peuvent être exposés à des idées fausses, voire à de la mésinformation », déplore M. Lackenbauer en parlant de l’Arctique canadien, qu’un stéréotype répandu présente comme une zone mal surveillée à risque d’invasion étrangère imminente. « Dans les faits, nous sommes des leaders mondiaux en matière de droits des Autochtones et d’approches innovantes de la souveraineté et de la gouvernance dans l’Arctique. Mais comme dans tous les pays, il y a encore des choses à améliorer. »

Comprendre les menaces dans l’Arctique

Les travaux de M. Lackenbauer sont reconnus pour établir une distinction entre trois types de menaces sécuritaires dans l’Arctique, soit les menaces internes, les menaces externes et les menaces pour lesquelles la région est une voie de passage. Son cadre d’analyse (en anglais) a d’ailleurs aidé les responsables des politiques à élaborer des stratégies de défense et à mieux comprendre les risques.

M. Lackenbauer affirme que, bien que le Canada et ses alliés soient confrontés aux menaces militaires posées par des pays comme la Russie et la Chine, les risques ne se limitent pas aux conflits armés – pensons notamment aux pressions économiques, à la désinformation et à d’autres activités se situant dans des « zones grises ».

« Nos recherches montrent les investissements du Canada dans la défense de l’Arctique et les éléments qui peuvent nous alerter en cas d’attaque sur l’Amérique du Nord. Toutefois, la probabilité d’un assaut militaire direct sur une communauté comme Cambridge Bay est très faible », soutient M. Lackenbauer.

Ses travaux se concentrent plutôt sur le renforcement de la résilience : des collectivités solides, des infrastructures fiables et des interventions coordonnées.

« Durant la dernière décennie, nos recherches ont consisté à faire des liens entre, d’une part, les outils dont le Canada se sert pour gérer les risques liés à la sécurité dans le Nord, et d’autre part, les valeurs de la population canadienne et les mandats des différents ministères. Et bien que j’appuie les forces armées, il faut éviter de militariser inutilement l’Arctique en réponse aux risques sur la souveraineté et la sécurité. »

Assurer l’équilibre entre sécurité militaire et sécurité des communautés

Pour M. Lackenbauer, les récents investissements fédéraux dans la sécurité et les infrastructures de l’Arctique sont bien dosés.

« Interrogez les gens du Nord sur leurs préoccupations au quotidien, et on vous parlera surtout de logement et de sécurité alimentaire dans un contexte de changement climatique », illustre-t-il.

En effet, les changements météorologiques et environnementaux posent des risques immédiats, comme le déplacement des voies de transport sur terre et sur l’eau, tandis que les violentes tempêtes et les feux de forêt menacent les communautés.

« Beaucoup d’Aînées et d’Aînés remarquent qu’il est devenu plus difficile de prévoir la météo, relate M. Lackenbauer. Il est essentiel d’investir de façon intelligente dans les infrastructures et les capacités du milieu, afin que la sécurité des personnes et la sécurité militaire se renforcent mutuellement. »

Mise en commun du savoir sur l’Arctique canadien

Whitney Lackenbauer, qui est aussi lieutenant-colonel honoraire du 1er Groupe de patrouilles des Rangers canadiens, dans le nord de l’île d’Ellesmere lors de l’Opération NANOOK-TAKUNIQ en juillet 2025.

Whitney Lackenbauer, qui est aussi lieutenant-colonel honoraire du 1erGroupe de patrouilles des Rangers canadiens, dans le nord de l’île d’Ellesmere lors de l’Opération NANOOK-TAKUNIQ en juillet 2025.

Photo : Leandra Brient

Travaillant à l’international, M. Lackenbauer réalise la plupart de ses programmes de recherche sur le Canada en collaboration avec des collègues de pays comme la Norvège, la Suède, le Groenland et d’autres partenaires de l’OTAN. L’idée est d’étudier le Nord dans une perspective circumpolaire, pas seulement canadienne.

Un concept important est celui de « défense totale », une approche pansociétale de la réponse aux menaces telles que les conflits armés, la désinformation, les crises humanitaires, les catastrophes environnementales ou les perturbations d’infrastructures. M. Lackenbauer affirme que le Canada est un chef de file en la matière, mais qu’il a aussi des choses à apprendre des autres pays nordiques.

« Ici dans le Nord, j’accompagne les Rangers canadiens. Je les ai étudiés (en anglais) de près et je suis en totale admiration », s’enthousiasme-t-il en parlant de cette force de réserve qui, depuis presque 80 ans, agit comme les yeux et les oreilles du Canada dans les communautés isolées des régions côtières et nordiques.

« Voilà un exemple de réussite canadienne qui a attiré l’attention de nos alliés. Les Groenlandais sont d’ailleurs en train de bâtir leur propre équipe en s’inspirant de nous. »

Le nouveau visage des menaces dans l’Arctique

Les récentes tensions internationales – notamment les discussions sur les États-Unis et le Groenland – ont montré que la trame narrative géopolitique pouvait changer très rapidement.

« Au Groenland et au Canada, les États-Unis sont depuis longtemps considérés comme un ami et un allié, mais aujourd’hui, il faut aussi les voir comme un concurrent et une possible source de risque. Nous nous adaptons à cette nouvelle situation. »

« Dans notre ère où la concurrence s’intensifie, le Canada doit comprendre ce qu’il peut améliorer dans le Nord, tout en renforçant ce qu’il fait déjà bien. »

Communiquer sa passion pour l’Arctique

Malgré tous ces grands enjeux mondiaux, le travail de M. Lackenbauer reste ancré dans les communautés du Nord et fait l’éloge de l’Arctique, non pas en tant que lointaine frontière, mais bien comme une composante essentielle du Canada.

« J’ai l’immense chance de mettre les pieds sur le terrain – et de me geler les orteils – de temps à autre », lance-t-il en riant.

M. Lackenbauer est fier d’avoir formé, grâce au financement du CRSH, des centaines d’étudiantes et étudiants.

« Mon travail est centré sur l’idée que tout ce qui concerne le Nord doit impliquer les gens qui y habitent, et être conçu en partenariat avec eux et en accord avec leurs priorités, explique-t-il. Ma passion, c’est d’inspirer la prochaine génération de chercheuses et chercheurs canadiens qui étudieront le Nord et l’Arctique. J’espère qu’elles et ils prendront conscience de l’extraordinaire plaisir qu’il y a à découvrir le Nord et à s’immerger dans le vaste savoir diversifié de cette région fantastique de notre pays. »

Vous voulez en savoir plus?

Jetez un œil aux quelque 70 ouvrages (en anglais) écrits ou codirigés par Whitney Lackenbauer, ou écoutez cet épisode du balado Arctic Connections (en anglais).

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