Être une mère parfaite : un sport extrême
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Qui s'avère dangereux tant pour les mamans que pour les enfants
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Conseil de recherches en sciences humaines
Transformations esthétiques, défis de décoration, nounous hyper performantes… Dans le monde de la téléréalité, la vocation de mère est en voie de devenir un sport de compétition, constate Andrea O’Reilly, directrice du Centre on Research for Mothering de l’Université York.
« Nous avons monté la barre de plusieurs crans au cours des 15 dernières années, explique la professeure d’études sur les femmes. Durant les années 1970 et 1980, nous avions une conception beaucoup plus réaliste du rôle maternel. On ne s’attendait pas à ce que les femmes consacrent tout leur temps et toute leur énergie à leurs enfants. C’est aussi cette image “réaliste” que projetaient notre culture et nos émissions de télévision d’alors. »
Aujourd’hui, poursuit Mme O’Reilly, les émissions de téléréalité opposent souvent « bonnes » et « mauvaises » mères, et des séries dramatiques populaires telles que Beautés désespérées ne présentent qu’une seule vision : celle de la mère au corps parfait, vivant dans une maison parfaite et filant le parfait bonheur avec ses enfants.
« Il n’y a qu’une façon acceptable d’être mère aujourd’hui, et c’est ce qu’on pourrait appeler le “maternage intensif” », explique la chercheure, qui a publié sept livres sur le rôle de mère. « Si vos enfants ne font pas partie d’une équipe de soccer ou ne suivent pas des cours de patinage artistique, et s’ils ne parlent pas six langues dès l’âge de trois ans, vous n’en faites pas assez. »
Les mères d’aujourd’hui se sentent obligées d’adopter la panoplie de techniques de « maternage intensif » véhiculées par le cinéma, les revues et la télévision. Allaitement prolongé, dodo dans le lit familial, yoga pour les tout-petits, cartes éclair pour les génies en herbe et porte-bébés dernier cri sont autant d’exemples. Tant et si bien que les femmes qui ne suivent pas le courant se sentent coupables et incompétentes. Autre effet pervers? « Les parents s’endettent lourdement et finissent par s’épuiser en essayant d’imiter un style de vie qui relève de la pure fantaisie », souligne-t-elle.
Et tandis que les mères perdent cette bataille de la perfection, des signes avant-coureurs du tort qu’elle cause aux enfants font leur apparition. « Je crois sincèrement que nous allons récolter ce que nous avons semé, dit la chercheure. D’après les commentaires d’enseignants, de moniteurs de camp et de parents, il est clair que nous sommes en train de fabriquer une génération d’enfants sans imagination, sans initiative et sans autonomie à force de les choyer, de gérer les moindres détails de leur vie et de les priver de leur enfance. Et nous pensons bien faire! »
Bien que Mme O’Reilly voie dans certaines politiques une raison de demeurer optimiste, notamment celles qui prévoient des congés parentaux prolongés et un éventuel programme national de services de garde, elle croit qu’il est beaucoup plus important de changer les mentalités que de changer les politiques. Elle espère que sa recherche permettra de formuler une définition plus réaliste du rôle de mère et ramènera les attentes de la société à une plus juste mesure.
La recherche d’Andrea O’Reilly sur le rôle maternel a été financée par le Programme de subventions ordinaires de recherche et le programme Aide aux ateliers et aux colloques de recherche du CRSH.