Réclamer justice et repenser la gouvernance : le ramatriement des droits des femmes autochtones et les obligations de tous les gouvernements
Le projet
Ce projet examine les facteurs historiques et contemporains interreliés qui contribuent à la marginalisation systémique des femmes, des filles et des personnes de diverses identités de genre autochtones, dans le but de proposer de nouveaux systèmes de gouvernance et de nouvelles expressions de l’autodétermination centrés sur les réalités genrées. Dans le cadre de nos travaux, nous avons assisté à des gestes de violences envers des femmes et des filles autochtones, y compris des élues de l’Assemblée législative du Manitoba. Ces actes de violence continus confirment que les effets intersectionnels du colonialisme de peuplement au Canada demeurent liés au genre et à la race.
Inspiré des appels à la justice et y répondant directement, en particulier l’appel 1.4, qui exige des « mesures urgentes et particulières pour faire en sorte que les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQQIA autochtones soient représentées […] en matière de gouvernance et de leadership », ce projet contribue au travail continu des femmes, des filles et des personnes de diverses identités de genre autochtones qui luttent activement, par leur leadership et leur gouvernance, pour mettre fin à un génocide.
Guidé par des méthodologies féministes autochtones, ce projet repose sur un processus de recherche relationnel et collaboratif centré sur les savoirs, le leadership et les expériences concrètes des femmes autochtones. Nos recherches ont combiné une analyse critique de la littérature en droit, en politique, en histoire et en droits de la personne avec des pratiques de lecture collective, des rencontres autour de la table de cuisine et un apprentissage fondé sur les récits dirigé par des matriarches autochtones. Ensemble, ces approches ont favorisé l’échange des connaissances, la réflexion et la reddition de comptes dans un esprit fondé sur les relations, la bienveillance et la responsabilité envers la communauté.
Principales conclusions
- Les femmes et les personnes de diverses identités de genre autochtones jouent des rôles clés dans la gouvernance et le leadership, à l’intérieur comme à l’extérieur des systèmes coloniaux de peuplement. Les leaders des Nations et des communautés autochtones ont pour objectif d’assurer la santé et la sécurité de leurs proches dans leur communauté, qu’elle soit urbaine ou rurale. Ce leadership des femmes et des personnes de diverses identités de genre autochtones n’est pas reconnu comme une forme de gouvernance parce qu’il existe, et persiste, en dehors des structures étatiques hiérarchiques dépossessives.
- Le matriarcat et le leadership sont transmis aux femmes, aux filles et aux personnes de diverses identités de genre autochtones par les cérémonies, les visites et les enseignements.
- Les mécanismes de protection des droits de la personne, par exemple la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, doivent être recensés et mis en œuvre dans les lois et politiques municipales, provinciales, territoriales et fédérales.
- La violence envers les femmes, les filles et les personnes de diverses identités de genre autochtones se poursuit et découle des stéréotypes coloniaux ainsi que des structures coloniales persistantes.
- Les recommandations du rapport final de l’Interlocutrice spéciale indépendante de 2024, les appels à la justice de l’Enquête nationale sur les FFADA2E+ de 2019, l’enquête sur l’administration de la justice et les Autochtones de 1999 et la Commission royale sur les peuples autochtones de 1996 n’ont pas été respectés ni mis en œuvre. L’inaction des gouvernements municipaux, provinciaux, territoriaux et fédéral dans la mise en œuvre de ces recommandations et changements de politiques démontre que le génocide actif des femmes, des filles et des personnes de diverses identités de genre autochtones est toléré.
- La transmission intergénérationnelle des savoirs et le mentorat sont importants pour les filles et les jeunes de diverses identités de genre autochtones. Ces relations favorisent le leadership, donnent aux jeunes des occasions d’imaginer leur avenir et d’acquérir de nouvelles compétences, et créent d’importants réseaux de soutien pour les leaders de tous âges tout au long de leur vie.
- Les hommes autochtones qui occupent des postes de leadership sont perçus et traités différemment des femmes et des personnes de diverses identités de genre autochtones qui occupent des postes semblables.
- Il faut davantage de ressources pour combler l’écart entre les programmes autochtones en milieu urbain et en milieu rural.
- Les organisations et programmes autochtones ont besoin d’engagements de financement durables et de ressources pour soutenir efficacement les femmes, les filles, les personnes de diverses identités de genre et les familles autochtones.
- Les Nations et les peuples autochtones travaillent activement ensemble dans la ville de Winnipeg afin de transformer en profondeur les réalités de leurs proches et de créer des avenirs sains au-delà de l’État colonial de peuplement.
- Les systèmes coloniaux de justice et de reddition de comptes ne fonctionnent pas pour les femmes, les filles et les personnes de diverses identités de genre autochtones.
- Un soutien parental doit être offert aux familles autochtones en milieu urbain comme en milieu rural.
- Les femmes, les filles et les personnes de diverses identités de genre autochtones travaillent activement à mettre fin à un génocide soutenu par l’État.
- Le défaut de reconnaître le leadership et la gouvernance des femmes, des filles et des personnes de diverses identités de genre autochtones continue de permettre à ce génocide de se poursuivre.
- Tous les ordres de gouvernement doivent reconnaître, respecter et remplir leurs obligations de consulter les femmes, les filles et les personnes de diverses identités de genre autochtones.
Conséquences relatives aux politiques
- Tous les ordres de gouvernement doivent mettre en œuvre les recommandations du rapport final de l’Interlocutrice spéciale indépendante de 2024, les appels à la justice de l’Enquête nationale sur les FFADA2E+ de 2019, l’enquête sur l’administration de la justice et les Autochtones de 1999 et la Commission royale sur les peuples autochtones de 1996 afin de respecter et de protéger les femmes, les filles et les personnes de diverses identités de genre autochtones. Les recommandations de ces rapports ne peuvent plus être ignorées.
- La gouvernance et le leadership des femmes autochtones doivent être soutenus et reconnus à l’extérieur des structures étatiques. Les femmes, les filles et les personnes de diverses identités de genre autochtones travaillent sans relâche dans une multitude de domaines pour façonner les politiques, intervenir dans leur élaboration et formuler des recommandations à l’intention des gouvernements et organisations autochtones et étatiques.
- Nous recommandons d’examiner les politiques provinciales et fédérales du travail comme moyen de veiller à ce que les consultations incluent les femmes, les filles et les personnes de diverses identités de genre autochtones. Les consultations doivent aller au-delà de la participation symbolique; les gouvernements et les parties prenantes tierces doivent démontrer l’existence de relations équitables significatives.
- Les femmes, les filles et les personnes de diverses identités de genre autochtones sont dépossédées de la protection offerte par la législation canadienne sur les droits de la personne; leur respect, leur dignité et leur protection existent en dehors du droit. Les mécanismes de protection des droits de la personne doivent être recensés, puis intégrés aux structures gouvernementales afin de garantir le respect, la dignité, la protection, la sûreté et la sécurité des femmes, des filles et des personnes de diverses identités de genre autochtones.
- Les données ne rendent pas compte des structures d’oppression et ne privilégient pas les réalités concrètes des femmes, des filles et des personnes de diverses identités de genre autochtones. Il faut adopter une optique de justice sociale pour aborder les droits de la personne et les iniquités. Les gouvernements, ainsi que les établissements universitaires, doivent être tenus de démontrer qu’ils mènent des consultations significatives et qu’ils utilisent des structures de données inclusives.
Coordonnées
Adele Perry, directrice, Centre de recherche sur les droits de la personne, Université du Manitoba : Adele.perry@umanitoba.ca
Sandra Delaronde, Centre de recherche sur les droits de la personne, Université du Manitoba : chrr@umanitoba.ca
Hope Ace, études autochtones, Université du Manitoba : chrr@umanitoba.ca
Renseignements supplémentaires
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